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DANS LES LITTÉRATURES CLASSIQUES 317
respectueuse: « N e suis-je pas ta fidèle bête ? ai-je
l'habitude de te faire ainsi ? » Balaam voit alors l'ange
et se prosterne ; et l'ange lui dit : « Pourquoi frapper ton
ânesse ?... si elle ne s'était écartée du chemin et ne m'avait
abandonné la place où je me tenais, je t'aurais tué et elle
vivrait. »'
Si Moïse, au lieu d'être prophète, n'avait été qu'un
simple littérateur, cette petite histoire ne nous montrerait
pas autre chose qu'un joli caprice d'âne, avec tous les
détails pittoresques de nature à amuser. La bête prend Ã
travers champs, elle serre son maître contre un mur, puis
elle se couche par terre, et l'autre tape, tape toujours.
Seulement il est d'usage de donner une haute portée aux
moindres paroles des prophètes, et les plus incrédules y
voient un symbolisme, une allégorie, non pas de ce qui
doit arriver en telle ou telle circonstance précise, mais de
ce qui se produit à toutes les époques de la vie de l'huma-
nité.
Sans prétendre à faire de l'exégèse, il me semble que la
morale de ce récit est assez facile à trouver. Pour prendre
un exemple entre mille, supposez un âne qui s'appelle le
peuple français, un Balaam qui s'appelle la monarchie
légitime, allant, l'un portant l'autre, dans un chemin où est
. postée la ruine, un glaive à la main. L'âne, qui voit ce
factionnaire inquiétant, refuse d'aller plus loin ; son cava-
lier, pour taper plus fort, appelle les voisins à son aide, et
essaye de se remettre eu selle ; l'âne rue, casse la tête Ã
son maître, et envoie les alliés joncher les vignes de
l'autre côté du mur. Si, au contraire, vous voulez un Balaam
sage comme celui de la Bible, et sachant comprendre les
protestations de son âne, je vous en présenterai un, avec
tout le profond respect qui lui est dû, dans l'auguste