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                    LES SIRES DE BEAUJEU                    289

la position des Anglais leur semblait inexpugnable ; ce qui
n'était que trop vrai. Le lendemain, Philippe l'envoya avec
trois autres chevaliers offrir la bataille au roi d'Angleterre.
Celui-ci refusa de quitter une position qui lui assurait la
prise de la ville pour accepter les chances toujours.douteuses
d'une bataille. Devant ce refus, le roi de France, décon-
certé, décida la retraite.
    Les hostilités continuant toujours entre les deux pays,
Edouard ne quitta pas son poste de combat. Il se tenait à
Saint-Omer et à Guines en qualité de gardien de la fron-
tière. Apprenant un jour qu'une troupe d'Anglais ravageait
le pays, il s'élança à leur poursuite sans attendre que tous
ses hommes fussent réunis. Emporté par son courage, et sa
colère contre l'audace des ennemis lui enlevant sa pru-
dence ordinaire, il se jeta au milieu d'eux sans attendre
l'arrivée de toutes ses forces. Cette faute lui fut fatale.
Mortellement blessé il tomba face à l'ennemi, et adressa à
son frère qui était accouru pour le relever ces touchantes
paroles : « Beau frère, je suis navré à mort, je vous prie de
relever la bannière de Beaujeu qui oncques ne fuit, et
pensez de me contrevenger; et si de ce champ partez en vie,
je vous prie que vous songniez d'Antoine mon fils, je vous
en charge. Et mon corps faites-le reporter en Beaujolais,
car je veux gésir en ma ville de Belleville ; de longtemps a,
y ai je ordonné ma sépulture. » Noble mort, digne d'un
héros, dont les dernières pensées vont à sa bannière, à sa
famille et à sa patrie. Scène magnifique d'héroïsme d'un
brillant chevalier mourant à 'trente-trois ans, et bien capable
d'inspirer le pinceau d'un grand peintre. Enflammés par
l'intrépidité de leur chef, et désireux de venger sa mort, ses
soldats, malgré leur infériorité numérique, tombèrent sur
les Anglais avec une telle furie qu'ils les taillèrent en pièces