Pour une meilleure navigation sur le site, activez javascript.
page suivante »
222               LA FONTAINE DU DIABLE.

naturel. Avec cela , une pédanterie bien accusée pour le
temps, un esprit aussi revôche que sa personne, une ab-
sence complète de sentiments généreux, et par-dessus
tout une hauteur qui n'admettait que des esclaves au
dessous d'elle. Aussi, était-elle détestée de toute sa
maison.
   Malgré son manque d'agrtments, elle se croyait une
créature privilégiée, parce qu'elle était l'héritière de je
ne sais quel opulent seigneur, qui, en lui donnant une
dot splendide, lui avait fourni des armes contre l'être
infortuné dont l'existence était rivée à la sienne.
   Il est vrai que le comte de Faventines savait se déro-
ber à ces liens cruellement importuns, en voyageant
presque sans cesse,et en allant visiter, quelquefois, comme
nous l'avons dit, le spirituel Henri de Béarn, à sa petite
cour de Navarre.
   — Quel malheur se disait-il, que je sois allé chercher,
aux confins des Pyrénées, cette irascible femme, pour
succéder à ma première compagne, si douce, si belle, si
dévouée, et morte, hélas! avant le temps.
   Il s'attendrissait alors, pensait à sa jeune fille Made-
leine, mais comme il était fort léger, il voulait s'étour-
dir, oublier ses chagrins de ménage, oublier tout, même
l'enfant charmante qui l'eût consolé, et il repartait pour
 ses longues pérégrinations, dans lesquelles il dépensait
des sommes folles.
   De son côté, la comtesse n'était point en reste. Sa va-
nité affichait le plus grand luxe, un équipage royal, un
train de maison somptueux, un nombreux domestique,
des fantabios ridicules, et la sultane se prélassait, trô-
nait, se pavanait au milieu de ces folies, qui lui parais-
saient du plus grand air.
   Elle n'aimait rien au monde que ces caprices ; pardon,