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DU CHATEAU DE VAREY. 825
merci ; Edouard penche pour un repos qui lui permettra de
s'enivrer de quelques nouvelles amours ;le duc-de Bourgogne
est indécis ; le comte d'Auxerre regrette de s'être aventuré
dans une guerre lointaine qui donne plus de peines que de
profits. Les uns voient une ruse perfide dans la demande, et
une faute dans la suspension d'armes; d'autres y trouvent
leur convenance et invoquent l'humanité; le parti de la paix
l'emporte, et un traité est signé.
La suspension d'armes sera complète ;
On ne fera de travaux d'aucune part ;
Les assiégés ne consolideront pas leurs murailles ;
La trêve ne sera que de dix jours ;
Si, le onzième, la force ouverte n'est pas venue délivrer
Varey, le commandant ouvrira ses portes ; les hommes et les
biens seront respectés ; les armes seront sauves ; mais le
château appartiendra désormais et pour toujours au vain-
queur.
A la nouvelle de ces conventions, une partie de l'armée
murmure ; le temps paraît long à ces soldats campés dans la
plaine, loin des villes et à portée seulement de quelques
villages désolés ou de quelques forteresses soigneusement
gardées. Le comte de Savoie, avide de plaisir et désireux
d'apaiser les esprits, fait appel aux dames de la province,
organise des fêtes, emmène de hardis chasseurs sur la (race
des bêtes fauves dans la montagne, ou lance son faucon à la
poursuite du héron, sur les bords de la rivière d'Ain ; le soir,
le camp retentit des sons efféminés d'une musique dansante,
et les chefs de celte nombreuse armée, devenus des hommes
aimables pour les beautés accourues sous les tentes, ne
paraissent plus d'invincibles guerriers à leurs rudes et bel-
liqueux soldats.
Les liens de la discipline commençaient à se détendre, et
les princes que la contagion n'avait pas gagnés comptaient