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LES CHIENS SÈGUSIAVES. 439
Il y a apparence que le sanglier ne comptait pas comme
gibier sacré ; cependant, les Gaulois le chassaient vaillam-
ment à l'aide de chiens d'espèce particulière appelés segusii,
ségusiens, si ce n'est mieux encore sègusiaves.
« J'aurais du penchant a croire, dit Pelloutier, qu'ils por-
taient ce nom parce qu'on les tirait du pays des Ségusiens ,
qui demeuraient autour de Lyon. Je n'oserais cependant e'ta-
blir cette e'tymologie, parce que je vois que le nom de segusii
leur était donné dans toute la Germanie. Peut-être est-il dé-
rivé de suchen (chercher), parce qu'ils entraient dans les
terriers pour chercher les blaireaux et les renards. »
Pelloutier se fonde, comme on le voit, sur l'a supposition
que les chiens sègusiaves étaient des bassets; mais la ques-
tion est fort controversée en cynégétique ; et s'il fallait re-
noncer a f étymologie locale, pour tout autre se rapportant
aux instincts de l'animal, les segusii canes, par contraction
seusii, trouveraient une origine plausible de leur dénomina-
tion dans le mot sus, qui, en grec comme en latin, désigne
l'espèce porcine domestique ou sauvage.
Ces chiens seraient, en un mot, des porcaires ou limiers
de sangliers. Windelin dit : Canis sensius, id est qui apro-
rum venationi bonus est. Dans la basse latinité, le nom pri-
mitif de l'espèce se conserve intact, notamment dans la loi
des Burgundes (Jdd, 1, lit. 10). L'article mérite d'être re-
produit : « Si quelqu'un a osé voler un chien lévrier ( voltra-
hum), ou un segusiave {segutium), ou un chien courant
(pelrunculum ), nous ordonnons que le coupable soit obligé
de baiser l'animal au derrière devant le peuple assemblé, ou
de payer cinq sols d'or à son maître, et deux sols a titre d'a-
mende. »
Ce détail de mœurs prouve la grande valeur du chien sé-
gusien ou segusiave, et non sa beauté, car il était horrible-
ment laid, si l'on s'en rapporte au portrait qu'en a laissé