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2B6 MICHAZEIXE.
C'est à cette époque qu'étant venu à Lyon pour ap-
prendre le commerce, j'eus l'avantage d'être adressé Ã
M. Dechazelle par un de ses amis intimes, qui était aussi
celui de ma famille. Cet ami, voyant le goût naturel qui
me portait à la peinture, par les dessins dont je bar-
bouillais mes cahiers et mes livres, me dit : « Je vois,
« mon cher, que vous aimez le dessin. Je ne vous con-
« seillerai pas d'être peintre, mais de choisir un état
« relatif aux arts. J'ai à Lyon un ami distingué dans
« cette partie ; il est excellent dessinateur dans une ma-
re nufaclure d'étoffes de soie ; je vais vous recommander
« à lui, et vous Tirez trouver. * Je pars, muni d'une
lettre pour cet habile artiste. J'arrive chez- lui, il m'in-
troduit dans son cabinet, ferme la porte avec soin, lit la
lettre en fronçant le sourcil. Je vois un homme d'une
belle figure, grand, maigre, ayant le front chauve, pou-
dré à blanc, enveloppé dans une grande robe de cham-
bre verte. Après avoir lu ; « Eh ! Monsieur, que venez-
« vous faire dans cette galère ? Voyez, dit-il en élevant
« la voix et avec l'accent de la douleur, voyez le reste de
« mes cheveux, voyez mon corps, je suis un vrai sque-
« lette. J'aurais dix enfants mâles que je n'en placerais
« pas un seul dans la partie qui m'occupe ; j'aimerais
« mieux les voir faire le métier de ramoneur. » Et lÃ
dessus il me récita des vers de Voltaire, relatifs à des
petits Savoyards, racleurs de cheminées. « J'ai réussi,
« il est vrai, dans cette carrière pittoresque, mais ce
« n'est pas sans avoir subi les plus affreux tourments.
« Quelquefois, désespéré, ne sachant plus à quel saint
« me vouer, je me traînais par terre, je m'arrachais les
« cheveux ; je me disais : Tu n'as point de talent, tu ne