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                         LETTRE DE VITET.                          93
particulièrement depuis la nouvelle organisation de la garde na-
tionale. Le commandant-général de la garde nationale de Lyon,
pénétré de l'importance de ses devoirs, les remplit avec l'exac-
titude et le zèle d'un bon et brave militaire ; mais les chefs de
légions et les adjudants, réunis sous le titre de l'état-major,
mettent, peut-être par défaut de jugement, en insurrection toute
la ville, et arment, peut-être sans s'en douter, citoyens contre
citoyens:
   « Hier, i 7 mai, la ville est menacée du plus grand des dangers.
Le soi-disant état-major et les capitaines des grenadiers, soit du
 canton de Bcllecour, soit du port du Temple, leur recommandent
secrètement de se rassembler dans le plus grand nombre possible,
en uniforme et munis de leurs sabres, sur la place des Terreaux.
Pendant tout le temps de la garde montante, quelque grande que
soit la foule du peuple, tout est assez tranquille. Aussitôt après la
 garde montante, le maire requiert que toutes les portes de l'hôtel
de ville soient ouvertes et qu'on y laisse passer les citoyens indis-
tinctement. Le commandant du poste, au lieu de faire exécuter
celte réquisition, qui n'ordonnoit que ce qui s'exécutoit tous les
jours, désobéit, ne laisse entrer que des personnes portant uni-
forme de grenadier. Le peuple s'attroupe devant la maison de
ville, et demande tumultueusement pourquoi les grenadiers seuls
ont le privilège ; et les officiers munipaux ne peuvent entrer à
l'Hôtel commun qu'en désignant leurs noms. A quatre heures,
une députalion des sous-officiers de chaque compagnie du régi-
ment de La Mark, de passage, par Lyon, se présente à l'Hôtel de
ville, y entre et déclare aux officiers municipaux qu'ils ne sorti-
ront point le lendemain de la ville, faute de fournitures néces-
saires pour la route. Les officiers municipaux les rappellent à la
loi et à leurs devoirs ; ces soldats promettent de partir le len-
demain ; mais, contre toute attente, ils restent, et se rendent, à
Gtheures du matin à la municipalité pour lui déclarer, par écrit,
qu'ils n'en ont point reçu l'ordre, qu'on a battu une seule fois
l'appel et qu'ils sont prêts à marcher dès que l'ordre leur en sera
signifié. D'un autre côté, les officiers de ce régiment se sont trans-
portés, à quatre heures du matin, à l'Hôtel de ville, où ils ont