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                            V
146                   FRANÇOIS LEPAGE.

   Le grand artiste lyonnais qui, pour le dire en passant,
est mort sans avoir reçu la décoration si bien due à son
admirable talent*(on l'a donnée à Offenbach et offerte à
Courbet, qui l'a refusée!!) ne put vendre à qui il eût
voulu l'œuvre de son compatriote. Mais son témoignage
était pour ce dernier d'un plus baut prix que tout le reste.
Il lui suffisait contre la rivalité et le succès de cette école
alors naissante qui, sous prétexte d'ampleur et de large,
déserte la nature et croit volontiers qu'il n'y a point d'art
là où il n'y a pas confusion, désordre et fantaisie.
   Cependant 4 830 arriva, et la catastrophe qui renversa
la vieille royauté mit Lepage dans une situation délicate.
Il fallait renoncer à une position dont les besoins de sa
jeune famille lui révélaient trop la nécessité ou prêter un
 serment que sa conscience et son honneur repoussaient.
 On croit rêver, on ne peut s'empêcher de sourire en lisant
 aujourd'hui de pareils scrupules, de telles délicatesses.
 Ce n'est pas un serment qui nous préoccupe, nous,
 hommes sans préjugés. Lepage, lui, n'hésita pas. Il aban-
 donna sa place de professeur à l'Ecole de Saint-Pierre.
En notre temps de caractères effa'cés, habitués que nous
 sommes à tant de changements des institutions et des
hommes, on trouvera imprudent, puéril ou extrême cet
exemple de fidélité aune idée. Hélas ! Byzance aussi était
pleine de grands, de négociants, d'artistes et de guerriers
à principes larges quand [les Barbares l'attaquèrent, et
Byzance périt. Léonidas avait des vues étroites et arrié-
rées quand il mourut, mais il sauva son pays. Tout bien
réfléchi, peut-être une nation vaut-elle mieux quand ses
fils sont capables de sacrifices et qu'ils savent mettre un
principe au-dessus d'un intérêt.
    Quoi qu'il en soit, l'acte de courage de Lepage, tout en
interrompant sa carrière, ne lui porta point un préjudice