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                               LA

   LÉGENDE DE DON JUAN
                              ET   SES



                DIVERSES INTERPRÉTATIONS.



                         ( Suite et fin ).


   On se représente trop facilement le XVIIe siècle comme
un âge de soumission parfaite aux vérités de la foi. Sans
doute la religion y était révérée ; elle réglait les institutions,
régnait dans les mœurs, dominait même les intelligences,
grâce au génie de ses éloquents apologistes ; mais les re-
montrances des prédicateurs, le grand nombre bien connu
de ceux qu'on appelait alors les libertins, et enfin la brusque
conversion d'une cour qui passa si facilement des habitudes
austères de la vieillesse de Louis XIV aux mœurs dépravées
de la régence, nous montre assez que pour beaucoup la
religion ne fut qu'un masque trompeur imposé par les
convenances, et que ce ne fut pas sans raison que La
Bruyère plaça dans un chapitre intitulé de la Mode le por-
trait des dévots de la cour.,Molière, aux fêtes solennelles
où fut jouée la Princesse d'Elide avait essayé de représen-
ter trois actes du Tartufe ; l'opposition que souleva la pièce
naissante lui fit ajourner ce dessein ; mais il paraît avoir pré-
ludé au Tartufe, avoir engagé la lutte avec l'hypocrisie par
son Don Juan. Ce sujet légendaire , importé de l'Espagne,
terminé par une catastrophe miraculeuse, l'absolvait aux
yeux des plus sévères ; en Don Juan il peignait plus d'un
grand seigneur de la cour, incrédule, débauché, échappant
à la censure par l'affectation d'une religion feinte ; mais, tout
préoccupé de ce caractère nouveau, il devait laisser dans
l'ombre la légende, ne la rappeler que pour mémoire au dé-
nouaient, en un mot la sacrifier complètement.
   Et cependant ce dénoûment merveilleux, si peu d'accord
avec une pièce complètement séparée de toute inspiration