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3/"2             LETTRES SUR LA SARDAIGIS'E.

 dire, fainéants, ne savaient ce que c'était que taxe ou contribu-
 tion. Et puis sept archevêques ou évoques, des chanoines, des
 curés sans nombre, propriétaires de bénéfices énormes ; des
 canonicats, des prébendes, un revenu considérable enfin, qui
 ne rapportait rien à l'étal, et que le peuple seul était obligé
de remplacer, sans compter les dîmes rigoureuses et le casuel
 qui sont à sa charge. Faut-il encore parler de tous ceux
 qui remplissaient quelqu'office auprès de la sainte inqui-
sition d'Espagne, dont un grand inquisiteur siégeait à Sassari,
avec officiers, commissaires, sergents et geôliers, établis jus-
que dans la moindre bourgade, et tous exempts d'impôts,
eux et leurs familiari ; organisation puissante , qui survécut
en 1708 à l'expulsion des Espagnols, et vint se réfugier dans
les palais épiscopaux.
    Et cet étal de choses, inique, monstrueux, hier encore,
était en pleine vigueur; aujourd'hui môme , malgré les
efforts d'un roi quelque peu libéral, qui comprend enfin
la nécessité de réformes radicales, il persiste, et trouve un
dernier appui dans la résistance du clergé. Faudra-t-il
recourir à la force? Hélas ! le glaive et le fusil sont trop
souvent les clefs, qui seules peuvent ouvrir les portes d'airain
de la barbarie et de f égoïsme.
    Ce pauvre peuple, négligé jusqu'alors par ses souverains,
qui, ne tirant rien de celte île, l'ont laissé dans une ignorance
grossière ; assujéli à des étrangers exclusivement nommés à
loutes les charges du pays, exposé en outre sans défense aux
descentes des corsaires de Barbarie, et seul, enfin, portant
le poids des impôts de toute nature, est tombé dans une
profonde misère; le découragement s'est emparé de lui, le
pays s'est dépeuplé, le sol est devenu inculte , et de plus en
plus insalubre, et le paysan sarde renonçant enfin à cultiver la
 terre pour enrichir ses seigneurs et engraisser ses moines,
a préféré, au travail régulier , la vie indépendante et vaga-