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                 LETTRES SUR LA SARDAIGNE.                   37 i

 durée, et les luttes terribles des Génois et des Pisans, la cou-
 vrirent une fois encore de sang et de ruines.
    Par un don de Boniface VIII, elle passa à Ferdinand-le-
 Catholique, mari d'Isabelle de Castille, et père de Jeanne-la-
 Folle, et appartint à la maison d'Espagne jusqu'en l'année
 1708. Mais, durant les guerres qui survinrent, les alliés de
l'archiduc Charles s'en emparèrent, en faveur de ce prince.
 Reprise quelque temps après par le roi d'Espagne sur l'em-
pereur, elle resta entre les deux maisons impériale et royale
 une cause de discorde, lorsqu'enfin le traité de Londres décida
que la couronne de Sardaigne appartiendrait au duc de
Savoie, qui, en échange, cédait à l'empereur son royaume de
Sicile.
   Vous le voyez, cette pauvre terre de Sardaigne a été sou-
mise à de terribles vicissitudes. Sa position admirable, au
centre de la Médilerrannée, la richesse de son sol, son in-
croyable fertilité, en la rendant un objet de convoitise pour
les nations rivales, ont été pour elle les causes d'une ruine
totale. Dès le temps de Charles V, la Sardaigne est épuisée.
Les rois d'Espagne, contraints de s'en rapporter à des vice-
rois, qui ne s'occupaient que de leurs intérêts personnels,
ne regardaient déjà celte île que comme une terre stérile,
rapportant à peine les frais que coûtait sa conservation.
   L'établissement de la féodalité y date de la conquête arra-
gonaise. Les nobles, Sardes et Espagnols, aussi nombreux
qu'ils l'étaient en Pologne, car la noblesse pouvait s'acquérir
par des dons faits au vice-roi d'Espagne, jouissaient de
privilèges scandaleux, d'exemptions multipliées, laissant à
payer les dépenses publiques au peuple. De son côté, chaque
membre du clergé, et Dieu sait quel en est le nombre, avait
une exemption personnelle, et fesail jouir de l'immunité sa
maison toute entière, en en faisant passer les revenus sous
son nom, et les moines réguliers, mendiants, et, si j'osais le