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            AU COMMENCEMENT DU XVIIIe SIECLE                407

drait. Est-ce faute de matière? Est-ce discrétion ? Nous ne
savons. Il convient pourtant de signaler un vieil usage que
M. Dugas décrit ainsi : « Au reste, vous qui savez toutes
les cérémonies que les anciens observaient dans leurs mariages,
vous ne savez peut-être pas celles qui se pratiquent aujour-
d'hui. Pour moi, j'ignorais celles-ci, que j'ai vu pratiquer cet
après-dîner. Quand l'épousée arrive à la maison de son mari,
elle trouve un balai sur le seuil de la porte ou sur la pre-
mière marche de l'escalier ; il faut qu'elle se lève et qu'elle
le range en un coin. Si elle y manque, elle est réputée fai-
néante et paresseuse. Outre cela, on lui présente de l'eau et
du pain noir, sans doute pour lui apprendre qu'elle doit être
sobre ; elle mange un morceau de pain et boit de l'eau. Dans
quinze cents ans, cela sera une antiquité, et Plutarque
aurait raisonné sur ce balai si les Romains avaient pratiqué
cette cérémonie. » Ce dernier trait, un peu ironique, nous
fait comprendre pourquoi nous ne trouvons pas dans M. Du-
gas, ni d'ailleurs dans M. de Saint-Fonds, rien ou presque
rien qui rappelle Plutarque. Ils sont déjà trop des hommes
du xvm e siècle, malgré leur vénération pour l'antiquité et
le xvn c siècle. M. de Saint-Fonds se moquera, d'ailleurs,
quelque part, du prieur de Belleville « bon homme du vieux
temps », et de façon à prouver qu'il n'en est plus. Ils le
sont encore par leur indifférence pour les beautés de la
nature. C'est en vain que M. Dugas habite trois mois chaque
année le château d'Orliénas, il semble n'avoir jamais vu ce
paysage si riant et baigné d'une lumière déjà méridio-
nale ; il ne fait qu'y mentionner, en un seul mot, bien sec,
ses jardins. M. de Saint-Fonds n'a peut-être jamais laissé
errer ses regards sur les montagnes beaujolaises ou les plaines
verdoyantes de la Saône, du moins rien dans ses lettres ne le
fait soupçonner. Mais, ce qu'il y a de plus surprenant, on