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320 MOLIÈRE A LYON Le répertoire comprenait tragédie, farce et ballet, inter- prétés par les mêmes acteurs. Si la tragédie avait déjà Rotrou et Corneille, la comédie — ce genre qui devait fournir tant de chefs-d'œuvre aux lettres françaises — n'existait qu'à l'état de farces grossières et burlesques, non écrites, souvent livrées au hasard de l'improvisation et s'adaptant au milieu et au moment. Sans doute, Molière, préparé par une forte éducation classique et par les leçons du philosophe Gassendi, avait dû concevoir un théâtre où l'élément comique se présentât sous une forme plus littéraire et mieux ordonnée, et qui pût aller de pair avec le théâtre tragique. Les Italiens en offraient déjà plusieurs modèles, que Molière ne devait pas se faire faute d'imiter, à commencer par l'Etourdi. Encore fallait-il un auditoire devant qui tenter cette épreuve avec succès. Au dire de tous les historiens du poète, Lyon était un lieu particulièrement favorable. L'esprit public subissait encore l'impulsion du grand mouvement intel- lectuel qui marqua, dans cette ville, le xvi c siècle, et le répertoire de la comédie italienne était familier à la popu- lation lyonnaise. L'Etourdi fut joué pour la première fois en janvier 1653, dans la salle du jeu de paume de Saint-Paul. Serait-il trop osé d'avancer que Molière avait entièrement écrit sa pièce à Lyon ? On peut objecter que cinq actes en vers semblent une œuvre qui exige plus de cinq à six semaines, et, d'autre part, quelques auteurs reportent cette première représenta- tion à l'année 1655. Mais le maître a donné plus tard de si prodigieux exem- ples de fécondité et d'habileté qu'il n'est point impossible que la pièce, arrêtée dans son plan et ses scènes principales, eût revêtu sa forme écrite, au courant de décembre 1652.