page suivante »
406 LA VIE LITTÉRAIRE A LYON nous ramèneront bien vite à l'Imitation de Jésus-Christ en italien et à une lecture spirituelle dans l'espagnol de Gre- nade. Us ont tous deux l'effroi du libertinage. M. Dugas nous dira son horreur, le mot n'est pas trop fort, pour les Lettres Persanes de Montesquieu. Il n'en a lu que les cin- quante premières pages : « Je m'en suis tenu là et j'ai ren- voyé le livre. Il y a là bien du venin et contre la religion et contre les moeurs. ». Mais, si je ne me trompe, cette rigidité de ton et de sentiment ne durera pas longtemps. L'influence de la Régence, la folie de l'or déchaînée par le système de Law, et décrite ici en une demi-douzaine de lettres curieuses, troubleront les convictions les plus fortes. M. Dugas, malgré son ferme bon sens, en vient à ne pas condamner « absolument » cet agiotage qu'il qualifie même d'honnête, dans une lettre du 8 janvier 1720. M. de Saint- Fonds s'y laisse séduire au point de tenter, sans succès, la fortune. Mais, et ceci ne me semble pas avoir été indiqué, avant ces lettres, le système de Law a singulièrement éveillé le sens politique des contemporains. L'immensité de l'entreprise paraît incompatible avec la monarchie : « Si nous étions dans une République, dit M. de Saint-Fonds, rien au monde ne serait si beau, ni si sûr que le nouveau système, mais le changement de règne et de ministre fait trembler. » Ce sont là , on peut ne s'y tromper, des échos d'une rumeur pro- fonde et déjà puissante à Paris, en 1720. Tout un pro- gramme de révolution y est déjà implicitement contenu. A côté de ces thèses d'un intérêt général, les lettres renferment en assez grand nombre des anecdotes, qui ne manquent ni de grâce ni de gaieté, sur plusieurs person- nages lyonnais. Il y en a pourtant moins qu'on ne l'atten-