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33§ MOLIÈRE A LYON D'autre part, Molière qui, selon ses propres paroles, prend son bien partout où il le trouve, a cet art merveilleux de fondre ses emprunts et d'en tirer un métal nouveau qui lui devient propre, et dont il n'est pas facile de faire le départ. Où commence, où finit dans son œuvre l'influence des Italiens ? Depuis plus d'un siècle, les commentateurs argu- mentent sur ce sujet, sans se mettre d'accord, quoiqu'ils aient avec les textes, des instruments de comparaison. Autrement délicat, serait de préciser, en un domaine pure- ment abstrait, quelle part l'influence lyonnaise peut reven- diquer dans l'œuvre de Molière. Cependant, ne pourrions-nous pas, sans être taxés d'ou- trecuidance, faire remarquer que le sens d'observation froide et logique, souvent poussée à l'excès, qui caractérise l'écrivain, est un trait de l'esprit lyonnais? Nous n'avons, pour en chercher un témoignage au théâtre, que le réper- toire de nos marionnettes populaires, expression de notre génie local : qu'on me pardonne donc ce rapprochement, si osé soit-il! Eh bien, dans ce répertoire, tout est subor- donné à une ou deux personnalités, marquées une fois pour toutes. Elles s'imposent d'un bout à l'autre de la pièce, tout est ramené à elles, parfois aux dépens de la vérité. Or, Molière n'a pas d'autre préoccupation que la peinture d'un caractère auquel il sacrifie tout et qu'il pousse avec un médiocre souci de l'intrigue et souvent de la vraisemblance. Aussi a-t-on pu dire qu'il ne termine aucune de ses pièces, en ce sens qu'une fois dessiné le caractère du personnage principal, l'auteur ne prend pas la peine de chercher un dénouement. Que cette indifférence soit dans la nature de l'écrivain, c'est probable; mais on ne saurait méconnaître qu'elle se