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                       ORIGINES DE LUGDUNUM.                         S07
Poil, poull, se reconnaissent dans le Pollet, quartier de la ville
de Dieppe, voisin du port, qu'habitent les marins, ces courageux
Polletais, si célèbres dès le moyen âge; dans le Pouliguen « port
blanc, » sis non loin du Croisic, à l'autre rive du golfe.
   La traduction du groupe entier, Asa Pollini, Poullini ou Polli,
car c'est ainsi qu'il faut écrire et prononcer est : « le dieu du
golfe » ou « port ». Remarquons que le génitif est omis dans
l'appellation moderne et que l'usage, ce tyran des langues, n'a,
de même, conservé du groupe Dea Vocontiorum que le nominatif:
Die.
    Il suit de là que la station Asa Paulini était aussi une des
 escales de la flotte des Nautœ ararici, et que la divinité de
 l'Azergue présidait à la navigation et au commerce dans la ville
 gallo-romaine d'Anse.
    Plusieurs faits viennent à l'appui de ces déductions si naturelles:
la courbe profonde que la Saône décrit devant Anse semble une
 station ménagée par la nature aux bateaux naviguant sur cette ri-
vière. Elle dut surtout attirer les mariniers à une époque où les em-
barcations n'étaient que des radeaux faiblement assemblés ou des
troncs d'arbres à grand'peine creusés et façonnés(l). Les mosaïques
découvertes en 4844 dans les ruines de la ville antique prouvent
que ce stationnement des nautes se maintint sous l'Empire : l'une
de ces mosaïques représente une ancre et des sortes de proues
de navires, répétées et disposées en bordure ; une autre offre,
parmi des fruits et des oiseaux, des dauphins, des poissons, des
tridents (2). Ne sont-ce pas là des emblèmes d'une divinité
topique, gardienne des ports et protectrice des nautonniers ?
    Anse, au temps de l'autonomie ségusiave et de la domination
romaine, parait avoir atteint un haut degré de splendeur. A la
fortune qu'amasse un commerce prospère, au bien-être qu'amène

   (1) Depuis que ces lignes sont écrites, MM. les Ingénieurs chargés de
la navigation du Rhône ont extrait du lit de ce fleuve, près du pont de
Cordon, une véritable pirogue ou barque primitive monoxyle. (V. Rev. du
Lyonn., 8 octobre 1862, p. 312 et 313).
   (2) Antiquités d'Anse dans les Sêanc. génêr. du Cimgr. Archéol. de
France, 1847, p. 465-470.