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                     LOUIS-PHILIPPE D'OHLÉANS.              137

     Les ministres de Charles X se défendirent avec noblesse et
 refusèrent de charger leur maître, absent et malheureux, de
 la responsabilité du coup-d'élat de juillet. Mais leur attitude
 ne calma point l'irritation populaire , et, lorsque , le 21 dé-
 cembre , les pairs se réunirent pour délibérer , le Luxem-
 bourg , entouré de plusieurs milliers d'agresseurs , se trouva
 menacé des plus grands périls. Le parti démocratique, qui
 s'était puissamment fortifié depuis la révolution de juillet,
 ne parlait de rien moins que de chasser les députés et de pro-
 clamer une dictature républicaine. La jeunesse des écoles,
surtout, se montrait fort échauffée , et l'on pouvait tout ap-
 préhender de sa puissance d'action sur le peuple des fau-
bourgs (1). Une extrême anxiété , mêlée de beaucoup de
 défiance , régnait au Palais-Royal. Le roi , tour-à-tour ému
 et rassuré , observait avec attention les progrès de l'émeute ;
 et, sachant bien qu'aucun des accusés n'avait à craindre une
condamnation capitale, il inspirait à la Cour des pairs un ar-
rêt dont la rédaction tendait à désarmer le courroux populaire
 en rejetant personnellement sur Charles X les malheurs des
 trois journées. Mais l'explosion n'en fut pas moins terrible;
et, sans la précaution courageusement exécutée par La Fa-
yette et surtout par M. de Montalivet , d'y soustraire les
condamnés par une retraite anticipée à Vincennes , la crise
eût été sans limites. Enfin, le torrent débordé rentra dans
son lit, et le roi , par sa présence et les exhortations qu'il
porta lui-même aux douze arrondissements de la capitale ,
contribua puissamment à ramener dans les esprits un calme
 momentané.
    Les accents de la gratitude publique retentissaient encore
aux oreilles de La Fayette, lorsque la Chambre des députés,
par l'adoption d'un amendement qu'avait accepté le minis-
tère , lui ôta brusquement le commandement suprême des
  (1) Lettre de M. 0. Bavrot à M. Sarraus juiruc.