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60 DISCOURS DE M. A. BONNET. de Buffon, toujours grandes, fréquemment divinatrices, mais qui avaient besoin du contrôle d'un esprit moins hardi et plus sévère. Le sceptre de l'anatomie comparée est tombé momentané- ment des mains de la médecine, lorsque le génie des Cuvier et des Geoffroy-Saint-Hilaire s'est emparé de cette belle science. Mais, avant cet interrègne, suivi plus tard d'une reprise de possession, elle a eu la gloire de produire les deux anatomistes qui ont vraiment inauguré les idées nouvelles les plus fécondes. Vicq-d'Azyr, l'éloquent secrétaire de l'ancienne Académie de médecine, qui, par ses beaux discours sur l'ana- tomie, et par sa comparaison des membres supérieurs et in- férieurs, a ouvert la voie à la philosophie anatomique; Cam- per qui, dans un mémoire sur les animaux fossiles, adressé en 1787 à Pallas, émit, le premier, l'idée des espèces perdues, l'appuya sur des preuves, et prépara ces découvertes qui, complétées et agrandies par Cuvier, ont fait revivre aux yeux du monde étonné les espèces, toutes éteintes aujourd'hui, qui peuplaient le monde antédiluvien. Si le temps me permettait ici de plus longs développements, je vous montrerais des médecins illustres servant la science, non seulement par leurs découvertes, mais par l'appui qu'ils ont donné à des naturalistes, que le manque de ressources arrêtait dans la publication de leurs travaux ; je me plairais à vous citer Boerhaave publiant à ses frais les planches de la Flore de Paris, que Vaillant avait laissées inédites à sa mort, et secourant Linnée, à l'époque où, placé dans un dénuement qui lui fit prendre pour épigraphe de ses premiers ouvrages : laudatur et alget, ce grand homme cherchait, mais en vain, à faire connaître ses vues sur la nature ; je vous montrerais Tessier, retenu par les orages de la Révolution dans une petite ville de Normandie, découvrant le génie de Cuvier, et facili- tant, par son appui, à cet immorte! naturaliste, l'entrée comme