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i8 FRANCISQUE BOUILLIER haute intelligence, à ce caractère viril, énergique, sévère mêmej s'alliait, je le sais, une bonté active, un cœur délicat. Ils sont nombcuxjles universitaires qu'il a soutenus, encouragés, obligés, depuis les plus humbles jusqu'à l'illustre poète de Laprade qui, victime d'une mesure arbitraire du gouvernement de l'Empire, fut énergique- ment et publiquement défendu par son doyen M. Bouillier. Notre juste reconnaissance atteste qu'il ne faisait que se rendre justice quand il écrivait, au terme de sa carrière, dans une attachante autobiographie : « Je crois m'être montré bienveillant pour tous les membres de l'Uni- versité. J'ai toujours été attentif aux titres et aux services de chacun ; j'ai appuyé chaudement ceux qui m'avaient paru le mériter. » Et sa bien- veillance n'était pas seulement agissante, elle était persévérante et obsti- née : je conserve pieusement la lettre où il m'annonçait que j'étais nommé correspondant de l'Institut, il n'oubliait qu'une chose, c'est qu'il y avait fortement contribué. Si Bossuet a raison de dire que quand Dieu créa le cœur de l'homme, il y mit premièrement la bonté, c'est le sou- venir de cette première et suprême vertu, la bonté, qui est le plus doux qu'on puisse invoquer sur une tombe. Nos cœurs garderont le souvenir de M. Bouillier, en même temps que notre pensée continuera à se pénétrer du grand enseignement de ses livres. Il aimait l'Université avec passion, d'esprit et de cœur, jusqu'à ne pas lui ménager à l'occasion sa rudesse et les sévères avertissements de sa vieille expérience. Quant aux sujets habituels de ses méditations et de ses travaux, ils furent les plus hauts qui puissent occuper l'humaine intelligence. Il était attiré à la fois par le souci passionné des problèmes éternels de la pensée et par la préoccupation très vive des besoins moraux et sociaux du temps présent. Notre détresse morale lui causait une inquié- tude et une tristesse infinies. Ces sujets, je me bornerai à les rappeler : c'est la grande révolution scientifique et rénovation philosophique opérée par Descartes ; c'est l'âme et la vie dans leur influence réciproque et leurs rapports ; c'est la vraie nature de. la conscience et l'exacte analyse de la sensibilité ; c'est enfin la morale et le progrès, le progrès, un grand mot dont il croit qu'on abuse, et qui cache mal les périls qui menacent notre organisation de surface. Dans tous ses livres, or. trouve plus qu'un auteur : un homme, un caractère. Il occupera dev.'.nt la postérité une place enviable dans cette brillante pléiade de philo: o^hes qui entouraient son maître Cousin, qu'il