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                   SOUS LE PREMIER EMPIRE                     223

sans bornes ; des passions qu'il avait domptées, il restait à
cette âme très tendre une vivacité dans l'amitié qui rendait
son commerce singulièrement attachant ( i ) . La plus com-
plète sympathie ne pouvait manquer de s'établir entre
Mathieu de Montmorency et Mme Récamier : il aimait en
elle ces dons heureux que la Providence accorde rarement
au degré ou elle les possédait, la pureté de l'âme, une
bonté pour ainsi dire céleste et un cœur à la fois fier, haut
et tendre.
   L'amitié de Mathieu pour Mme Récamier fut d'autant
plus vive qu'elle ne fut jamais exempte d'inquiétudes : Il
se préoccupait sans cesse des périls que faisait courir à cette
âme si précieuse un désir de plaire dont il ne pouvait la
guérir ; il veillait avec une sollicitude jalouse sur les senti-
ments qu'elle pouvait éprouver; ses consolations, ses
conseils, ses pieux encouragements l'associèrent à toutes
les circonstances tristes ou dangereuses de la vie de
Mme Récamier ; il ranimait son énergie dans les moments
de découragement et de dégoût si fréquents au sein d'une
existence brillante ; il lui parlait avec cette franchise et cette
autorité que lui donnait l'expérience et l'école du malheur :

   « Je voudrais, lui écrit-il en 1803 (2), réunir tous les
droits d'un père, d'un frère, d'un ami, obtenir votre ami-
tié, votre confiance entière, pour une seule chose au
monde, pour vous persuader votre propre bonheur, pour
vous faire prendre une résolution forte, car tout est là... »


  (1) Pour ce portrait de Mathieu de Moutmorency et pour la plupart
des renseignements qui l'accompagnent, nous avons dû puiser large-
ment dans M me Lenormant : Souvenirs et correspondances.
  (2) Souvenirs et correspondances, 1.1, p. 47.