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396 LA REVUE LYONNAISE
En 1834, Henri Conscience, étant encore au régiment, s'était lié
d'amitié avec un littérateur français d'Anvers, M. Jean Delaet.
Des deux races belges, la wallone et la flamande, les événements
de 1830 avaient fait définitivement prévaloir la première. L'idiome
flamand, quoique de beaucoup prédominant dans le peuple, avait
dû subir la suprématie politique du français, mais au détriment de
ce peuple lui-même. Car, devant le dédain qui pesait sur sa langue,
il en était venu à négliger toute culture, à rejeter tout soin
d'esprit.
La littérature, en Belgique, n'était alors qu'une honnête imitation
des Å“uvres de nos romantiques. M. Delaet apprit néanmoins Ã
Conscience quelques principes de prosodie, corrigea ses premiers
essais, et lui révéla même sa vocation littéraire. Deux ans plus tard,
en 1836, Conscience avait quitté l'armée. Il fréquentait dans sa
ville natale les artistes et les poètes, et s'initiait peu à peu à ce
réveil de la race flamande, dont il entrevoyait l'idée, à travers
l'enthousiasme et les travaux de ses amis.
C'est qu'en effet le sang avait parlé et que, soudainement auda-
cieux de sa vieille langue, le peuple flamand commençait à ma-
nifester la sourde impatience de retrouver l'autonomie d'autrefois.
Le réveil de l'instinct de race est universel en Europe depuis
quarante ans. Ce qui s'est passé dans la Roumanie pour sa langue,
et ce qui menace de surgir pour sa politique1, en est un hardi té-
moignage. Les Catalans, eux, n'iront pas si loin. Et d'ailleurs
pour quoi faire ? Le Castillan n'est-il pas une branche du même
lumineux flambleau ?
Au contraire, la Roumanie, comme la Flandre flamingeante, s?
sent enclavée dans des éléments qui l'oppressent. Double est
donc le point de vue où l'on se doit placer pour comprendre l'inten-
sité de ces deux mouvements.
On s'est préoccupé vaguement, chez nous, d'une portée poli-
* Quoique indépendante/cette jeune nation roumaine est loin de jouir encore du plein
exercice de sa liberté.
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