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                  . LE ROMAN N A T U R A L I S T E                 55
pour les regarder passer ; derrière, eux une barrière de buissons
semble se hérisser pour les empêcher de revenir sur leurs pas, les
oiseaux les accompagnent pour veiller à ce qu'ils ne s'égarent pas.
Quand ils arrivent sous l'ombre fatidique, tout se calme et ils en-
trent dans une paix délicieuse. »
    Ici nous sommes si bien en plein mystère, en pleine légende, que
l'auteur qui a déployé jusque-là un véritable luxe d'énumérations
botaniques laisse planer sur l'espèce de l'arbre de la félicité par-
faite une incertitude extraordinaire, étant données ses habi-
tudes.
    A ce moment, c'est le jardin qui a voulu la faute, les fleurs,
les arbres et les bêtes soufflent ensemble la 'passion à Serge et à
Albine, et leur crient de s'aimer. Et puis, quand ils ont compris,
« c'est une victoire pour les bêtes, les plantes et les choses, et le
parc applaudit formidablement. »
    On croit vraiment rêver en lisant de pareilles choses sous le
nom d'Emile Zola. Eh quoi, c'est là l'observateur, c'est là l'expé-
rimentateur, c'est là le positiviste. Il n'a pas traduit tout cela de
quelque vieille légende orientale !
    Et ce n'est pas tout. On pourrait croire que lorsqu'il s'agit de
décrire les naïves amours de Silvère et de Miette, de Serge et
d'Albine, la poésie idyllitique a entraîné l'auteur; mais nous allons
voir maintenant ce panthéisme vague et sentimental, qui vient en
droite ligne d'Allemagne, se glisser ailleurs que dans les idylles
amoureuses.
    Dans Une Page d'amour, voilà les différents aspects de Paris,
vu des hauteurs de Passy, qui jouent vraiment un rôle, Et en jus-
tifiant quelque part ces longues descriptions, M. Zola a pris soin de
nous dire qu'il a dépeint là ses impressions personnelles, et que
souvent il lui a semblé que la grande ville s'associait à ses senti-
ments.
   Il n'y a donc pas dans cette vie donnée aux choses, dans cette
communion de l'homme avec la nature, de simples amplifications
de rhétorique, un pur jeu de l'esprit, il y a une tendance bien
marquée qui se révèle sous le vernis positiviste et scientifique que
M. Zola s'est plu à se donner.
   Ah ! c'était bien la peine de parler d'un ton aussi impitoyable-