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4G0 de recevoir le primat avec tous les honneurs convenables à l'élévation de son rang et à la dignité de son infortune. La marche d'Anselme fut un véritable triomphe; il avait beau se presser, la renommée de ses prodiges le devançait partout. Elle appelait sur sa route des foules nombreuses, des groupes de moines^ de clercs avec les bannières déployées, les uns le saluant par des cris de joie., d'autres avec des can- tiques. Arrivé à Lyon , il y reçut de Hugues, du clergé, du peuple lyonnais, un accueil difficile j peut-être même impossible à dépeindre. Anselme était fatigué de son voyage , et sa santé, com- promise par de longs chagrins, avait besoin de ménage- ments. Le repos qu'il prit à Lyon , pendant trois mois, le sauva des pièges que lui tendaient ses ennemis, les parti- sans de l'empereur Henri et ceux de l'anli-pape Guibert. Lassés de l'attendre sur la roule de l'Italie , avertis d'ailleurs par des pèlerins qu'il était tombé dangereusement malade à Lyon, ils se retirèrent. Le 29 mars 1099 et le mardi avant le dimanche des Rameaux, Anselme quitte nos murs, franchit les 1 t s , traverse librement l'Italie, arrive à Rome, tombe aux genoux d'Urbain, qui l'embrasse avec transport et le reçoit honorablement dans son palais. Laissons, comme étranger à notre sujet, le récit du voyage d'Anselme , tout ce qu'il fit dans la capitale du monde chré- tien , les honneurs qu'il y reçut, les ouvrages qu'il y com- posa , ses disputes savantes contre les Grecs, au concile de Bari. "Vers la fin de l'année 1099 , à travers mille périls aux- quels il eut le bonheur d'échapper, Anselme revînt à Lyon, bien résolu d'y finir en paix ses jours. Il voyait d'un côté qu'Urbain ne prendrait jamais sur lui de terminer ses diffé- rends avec Guillaume par des voies de rigueur, et n'essaye- rait pas non plus de ruser avec un prince dont l'astuce égalait la violence. De l'autre , pouvait-il espérer un seul jour de calme et de tranquillité, s'il rentrait à Cantorbéry sans