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recourir à son magicien, qui le voiant venir ainsi désolé
s'escria : Ha misérable, vous vous estes endormy : Helas ouy
(dit-il) le corps est à la porte de ma chambre tout estendu
que doibs ie faire, ie suis perdu. Le magicien lire soudain
vn billet de papier de son escarcelle, d i s a n t , allez hastiue-
ment en vostre logis , et mettes ce billet entre les tetins de
ce corps , et il s'en ira en sa maison ; ce que le gentilhomme
feit en la plus grande diligence qu'il p e u t , et se leua
le corps de la d a m e , comme s'il eust esté en v i e , et s'en
alla en sa maison. Depuis en aduint chose espouuentable,
car estant faicle quelques jours après vne notable assem-
b l é e , ou pour cause d'un festin, ou de nopces, les dames et
filles honorables de la ville y assistèrent , entre lesquelles y
vint ce corps que le diable portoit, et y dansa longuement
avec les autres filles, comme si le corps eust esté e n v i e .
Or d'aduenture se trouua là vn autre necromantien et en-
c h a n t e u r , lequel ne pesoit vn grain moins que l ' a u t r e , qui
auoit faict ce cas exécrable, et lors s'aperceuant de ce.diable
qui dansoit avec ce corps, dict à aucuns gentilzhommes,
voyes vous bien ceste fille se mouuant et dansant si dextre-
m e n t , ie veulz perdre la vie, si ce n'est vn diable qui treine
et faict mouuoir le corps d'une fille morte. Et que ainsi soit,
allés leuer vn billet de papier que vous lui voyés entre les
tetins, et vous verres si ie dis vray. Vn gentilhomme d'entre
eulx qui cognoissoit la dame , s'auance , et auec vne r e u e -
rence , lui leue le billet d'entre les tetins , et soudainement
ce corps tombe par t e r r e , tant infect et p u a n t , qu'il
conuinl toute ceste compagnie vuyder à grande haste, par ce
qu'il estoit mort deia de plusieurs iours. Incontinent ce n e -
cromantien fut empoigné, et accusa l'autre qui auoit commis
ce maléfice, auquel il portoit extrême enuie, ainsi que font
les semblables : la fin fut qu'ilz furent bruslés vifs l'vn et
l'autre... (1). »

   Celte analyse du Blason des danses est empruntée aux Mélanges de M. Rre-
%\wX du Luth , tome II, pages 363-574.