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459 Il y raconte les persécutions du monarque oppresseur, les raisonnables concessions et les généreuses résistances qu'il a cru devoir faire pour le bien de l'Eglise et de la paix. Lassé d'une lutte inutile à la fois et si p é n i b l e , il n'attend que la décision de son a m i , décision qu'il s'engage à suivre avec toute la déférence d'un fils soumis à l'égard d'un père véné- rable. La suscription de la lettre est conçue en ces t e r m e s : Domino et arnico charissimo lugdunensi archiepiscopo, Hugoni... Dans une lettre précédente (1), on trouve une formule encore plus respectueuse : Dilecto patri fidelis fdius. Nous n'avons vu nulle part la réponse de l'archevêque, mais sans doute elle fut conforme aux vœux d'Anselme ; car celui-ci ne larda guère à exécuter son projet. Déguisé en pè- lerin , il partit au mois d'octobre de l'année 1097, accompa- gné de deux religieux , nommés , l'un Alexandre , moine de l'Église de Canlorbéry, et l'autre Eadmer^ qui depuis raconta les actions du saint prélat (2). Ils s'embarquèrent à Douvres, e t , après avoir traversé une partie de la France, ils arrivèrent à Cluny, trois jours avant la fêle de Noël de l'année 1098. De l à , Anselme écrivit à Hu- gues pour lui faire part de cette nouvelle. On ne saurait peindre la joie de noire archevêque. Il en- voya tout de suite au-devant de l'exilé les personnages les plus importants de son église et de sa maison pour le prier de ne mettre aucun retard à sa venue. En même temps il écrivait à son suffragant, l'évêque de Mâcon , lui ordonnant (1) Liber I I , epist. XI. (2) Eadmer, appelé par corruption Edmer ou Ediuer, était Anglais de naissance. Il fut d'abord moine du Bec, puis de Cantorbéry. Dès ce jour, il ne quitta plus Anselme , l'accompagna dans son double extl et fut l'historien de sa vie. Les ouvrages d'Eadmer sont estimés pour l'ordre et l'exactitude. Le style en est abondant, facile et naturel; mais il nous semble que Sel- den a tort de l'appeler élégant. Voir Dom Ceillier, lome 1. page 249. Nous puiserons également dans sa vie de saint Anselme et dans son Hu- toria novorum les circonstances de notre récit.