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 «   lorsqu'on se retire loin du monde pour se consacrer à la
 «   religion. Un anachorète qui se dévoue au service de l'hu-
 «   m a n i l é , un saint qui veut méditer les grandeurs de Dieu ,
 «   peuvent trouver la joie et le bonheur sur des rochers dé-
 «   serls ; mais ce n'est point alors la tranquillité des lieux qui
«    passe dans l'ame des solitaires; c'est au contraire leur aine
 «   qui répand sa sérénité dans la région des orages. » . .

   M. de Chateaubriand a contre lui les poètes anciens comme
"Virgile , qui désirait les montagnes, les vallées et les bois
pour converser avec les muses. Les poètes modernes et les
moralistes pensent de même. Selon e u x , les religieux, dont
parle l'auteur du Génie du Christianisme, allaient moins sur
les lieux élevés pour nourrir leurs peines que pour les soula-
ger ; moins pour augmenter le poids de leurs douleurs , que
pour se mettre en rapport avec Dieu. Ils y allaient en effet
pour resserrer cette chaîne d ' o r , qui suspendant , pour ainsi
dire , la terre au ciel , établit si bien une relation entre la
faiblesse et la bonté , la miséricorde et la justice , le repentir
et l'espérance. Là a u s s i , les larmes s'échappent des yeux ,
mais elles coulent avec moins d'amertume.
   Je ne dirai plus qu'un mol à cet égard : sur les terres basses,
l'homme naturel est sans cesse altéré, en respirant celle at-
mosphère sociale si épaisse , si orageuse, si pleine de fermen-
tation , toujours ébranlée par le bruit des arts , le fracas des
plaisirs ostensibles, les cris de la haine et les perpétuels gé-
missements de l'anxiété et des douleurs. Mais l à , sur ces
monts élevés et souvent déserls , où le ciel est plus immense,
où l'air est plus fixe , moins épais , et les temps moins ra-
pides , et la vie plus permanente : là , la nature entière ex-
prime éloquemment un ordre plus grand, une harmonie plus
visible, un ensemble éternel : là , l'homme retrouve sa forme
altérable , mais indestructible ; il respire l'air sauvage loin des
émanations sociales , et cet air a quelque chose de sacré qui
purifie le cœur ; son être est à lui comme à l'univers ; il vit