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421 « lorsqu'on se retire loin du monde pour se consacrer à la « religion. Un anachorète qui se dévoue au service de l'hu- « m a n i l é , un saint qui veut méditer les grandeurs de Dieu , « peuvent trouver la joie et le bonheur sur des rochers dé- « serls ; mais ce n'est point alors la tranquillité des lieux qui « passe dans l'ame des solitaires; c'est au contraire leur aine « qui répand sa sérénité dans la région des orages. » . . M. de Chateaubriand a contre lui les poètes anciens comme "Virgile , qui désirait les montagnes, les vallées et les bois pour converser avec les muses. Les poètes modernes et les moralistes pensent de même. Selon e u x , les religieux, dont parle l'auteur du Génie du Christianisme, allaient moins sur les lieux élevés pour nourrir leurs peines que pour les soula- ger ; moins pour augmenter le poids de leurs douleurs , que pour se mettre en rapport avec Dieu. Ils y allaient en effet pour resserrer cette chaîne d ' o r , qui suspendant , pour ainsi dire , la terre au ciel , établit si bien une relation entre la faiblesse et la bonté , la miséricorde et la justice , le repentir et l'espérance. Là a u s s i , les larmes s'échappent des yeux , mais elles coulent avec moins d'amertume. Je ne dirai plus qu'un mol à cet égard : sur les terres basses, l'homme naturel est sans cesse altéré, en respirant celle at- mosphère sociale si épaisse , si orageuse, si pleine de fermen- tation , toujours ébranlée par le bruit des arts , le fracas des plaisirs ostensibles, les cris de la haine et les perpétuels gé- missements de l'anxiété et des douleurs. Mais l à , sur ces monts élevés et souvent déserls , où le ciel est plus immense, où l'air est plus fixe , moins épais , et les temps moins ra- pides , et la vie plus permanente : là , la nature entière ex- prime éloquemment un ordre plus grand, une harmonie plus visible, un ensemble éternel : là , l'homme retrouve sa forme altérable , mais indestructible ; il respire l'air sauvage loin des émanations sociales , et cet air a quelque chose de sacré qui purifie le cœur ; son être est à lui comme à l'univers ; il vit