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                         VICTOR DE LAPRADE                             377
      La main qui de leurs nids chasse les vieux démons
      Va toucher le clavier des vagues et des monts,
      Et l'hymne où mille cris jetaient un son étrange,
      Tu l'entendras chanter, pur de tout vil mélange.
      Chaque jour écartant un rain sujet d'effroi,
      La nature s'approche et tend les bras vers toi.
      Vous pourrez vous aimer et vous parler en face ;
      Plus d'oeil caché dans l'ombre et d'Argus qui vous glace.
      Sans passer à travers les flûtes des Sylvains,                     ,
      Le vent de sa poitrine aura des sons divins,
      Sa voix, de jour en jour moins mystique et plus tendre,
      T'expliquera les mots que nul n'a su comprendre ;
      A son grand livre ouvert, dans un antre inconnu,
      Comme en ton propre cœur tu pourras lire à nu.
      Vous serez confondus dans un hymen suprême ;
      Tu croiras dans ses bruits t'ouïr chanter toi-même :
      Car cette âme qui coule et mugit dans les bois
      S'agite dans ton sang, soupire dans ta voix.
      Au lieu du vieux chaos où luttaient les génies,
      Un monde va s'ouvrir tout peuplé d'harmonies,
      Et lu seras le cri de ce dieu souverain
      Qui se parle à lui-même avec l'organe humain !

  Dans les argonautes, le chêne de Dodone, interprète du
son, parle à Orphée qui traduit ce que lui dit le chêne et ré-
vèle ainsi aux hommes le secret d'en haut. Quel est-il ?
      Voyez où le ciel touche aux vagues azurées :
            Cet horizon cache un trésor.
      Il faut, malgré la terre et l'onde conjurées,
           Y de'couvrir la toison d'or.
      Là, le divin bélier dont la laine abondante
            Devait vêtir tous les humains,
     De son sang pacifique a teint sa robe ardente,
            Egorgé par d'avides mains.
      Le tyran de Colchos tient ce riche héritage
            Gardé dans son royaume étroit ;
      Ravissons, pour en faire un fraternel partage,
           Ce trésor auquel tous ont droit.
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