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374                     VICTOR DE LAPRAfeE
gloire, si l'on veut, mais qui restreint sa renommée. Ce
n'est pas après deux mille ans de christianisme qu'une fable
toute païenne peut nous donner la clef des destinées immor-
 telles de l'homme. Ici le vêtement masque la figure vraie, et
les avertissements de l'auteur sont indispensables à qui veut
la reconnaître.
    Est-ce a dire que , si cette erreur est nuisible à la pensée
du poète, elle le soit également à la beauté du poème? Non.
Il est des fautes qui, commises par le génie, sont la marque
de son originalité. Et dans Psyché, elle se révèle avec éclat.
Le grand amant de la Nature donne à l'univers un rôle
important dans la destinée de l'âme. La Nature est dans
son cœur un être vivant, agissant, compagnon et con-
seiller de Psyché. Elle prend une voix pour lui annoncer la
venue d'Eros ; pour l'inviter à, la soumission lorsque, vaincue
par la curiosité, elle va enfreindre les ordres de l'époux in-
visible ; pour l'engager a vivre au moment où, fatiguée de
son esclavage, elle cherche un refuge dans la mort. Tres-
saillant elle-même dans l'attente et le désir de l'infini, pres-
sentant la réhabilitation prochaine, elle s'associe aux brû-
lantes aspirations de l'épouse qui, l'expiation consommée,
meurt en appelant Eros dans un élan d'amour surhumain.

      Sur le seuil nuplial la Nature est assise ;
      Elle attend comme toi l'heure encore indécise.
      Franchissant sur tes pas le suprême degré,
      Elle possédera... car elle a désiré.

  L'heure est venue et la Nature, mêlée aux épreuves de
Psyché, participe à son apothéose.
      Esprits des éléments, loin du foyer bannis,
      Chantez, ô dieux, chantez! vos travaux sont finis.
      Esprits du feu, de l'air, de la terre et des fleuves,
      Serfs ou tyrans de l'homme, instruments des épreuves,