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376 VICTOR DE LAPRAPE ploiter dans le beau livre des Odes et Poèmes. La est sa personnalité. Le saint amour de la nature, comme il le dit en terminant sa dédicace a Barthélémy Tisseur, vit dans cette œuvre épanouie à la chaleur de ses propres larmes et au sou- rire de l'ami. L'homme également s'y dévoile, autant que le lui permet la pudeur exquise de son âme. Il s'y livre, à son insu peut-être, aux regards scrutateurs et clairvoyants, d'ailleurs peu surpris de voir l'enthousiasme sincère allumer la flamme du cœur. Qu'est-ce qu'une pensée exclusive et continuelle, impérieuse, sinon de l'amour ? A force de creuser l'esprit, qui est ce que l'homme a de plus élevé, la pensée finit par rencontrer le cœur qui est ce quel'hommeade plus profond, et le génie et le cœur se confondent toujours, Ce qu'il faut bien remarquer/c'est que pour noire poète la nature est l'antipode du siècle, c'est-à -dire de ce que les passions ont de matériel et d'inhumain. Ainsi Ântèe est ce fils des solitudes « où l'on respire Dieu » qui doit combattre dans le désert, s'il veut maîtriser « notre âge d'airain. » La même idée, quoique exprimée d'une manière plus vague, se retrouve dans les Corybanlhes. Malgré Saturne, l'enfant qui sera dieu grandit sur l'Ida. Si dans Eleusis les symboles sensuels d'une nature païenne s'évanouissent a l'approche du dieu « secret et solitaire » encore inconnu, la nature elle-même ne cesse pas d'être immortelle. Mais renouvelée, purifiée, christianisée (car ici encore, la lyre moderne fait entendre sur un mode antique une inspiration chrétienne,) christianisée par le contact du vrai Dieu, elle se dépouille du voile du mythe et laisse voir l'éternelle vérité. Que les âmes ne pleurent donc pas sur les ombres qui s'effacent! La beauté, l'amour, la vertu subsistent, revêtus d'un nouvel éclat et d'une puissance nouvelle. Garde ton âme ouverte aux saintes voix du monde ; Poète, écoute encor les vents, les bois et l'onde !