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          LE CINQUIÈME CENTENAIRE DE PÉTRARQUE.            245

« instincts sont bons et généreux, quand il est livré à lui-
« même et qu'on ne le détourne pas de sa voie. »
  Et ce peuple, croyez-le bien, a parfaitement compris ce
que venaient faire là ces étrangers, parmi lesquels se trou-
vaient deux académiciens français, le président de l'Aca-
démie italienne, un ambassadeur, deux députés français
ou italiens, etc., et, du reste, les Félibres provençaux le lui
ont parfaitement expliqué dans sa langue.
  Ces félibres sont des hommes de talent, convaincus
qu'ils pourront ressusciter et faire vivre le patois proven-
çal, dernier débris de la langue du roi René et des trouba-
dours. Malgré Mireïo et Calendau la Miougrano, on se
permet de douter de la réalisation de ce rêve si amoureu-
sement caressé, et en présence du talent de Mistral, d'Au-
banel, de Roumanille et de Gaut, on regrette parfois qu'ils
n'aient pas écrit en français. Cependant, comme poète, on
ne peut s'empêcher d'aimer cette poésie si franche, si ori-
ginale et si harmonieuse, surtout quand elle est, comme
nous l'avons vu, chantée par de jolies Provençales menées
en farandole, au son du fifre et du tambourin. D'ailleurs,
ne vaut-il pas mieux faire de cette poésie-là que de n'en
pas faire du tout? Nous conservons bien les vers latins de
Pétrarque.
   Quant à Pétrarque, vous connaissez mieux que moi ce
grand homme avec ses qualités et ses défauts. Vous con-
naissez le philosophe ridiculisant la fausse scholastique
et son barbare langage, le savant dont les recherches nous
ont donné le Institutions oratoires de Quintilien, le ci-
toyen exhortant à la paix les Italiens divisés, le chrétien
qui, dans son ardeur, gourmande Jean XXII, mais qui
écrit à Urbain IV ses admirables lettres , et devance ,
comme l'a fait remarquer M. Conti, sainte Catherine de
Sienne dans l'œuvre du retour du Saint-Siège à Rome ;
vous connaissez l'auteur de VAjriea et de l'immortel Can-
zonière et, enfin, l'amant de cette belle Laure.
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