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ÉTUDE SUR L'HISTORIEN GIBBON. 375 n'était que simple écolier au collège de la Magdeleine d'Oxford. Ce qui fait le désespoir de la foule des étudiants, comme les re- cherches d'antiquités, l'incertitude des dates, les systèmes chro- nologiques, enflammait l'ardeur de Gibbon. « Je n'avais pas seize ans, dit-il, que j'avais épuisé tout ce qu'on peut apprendre en anglais touchant les Arabes, les Persans, les Tartares et les Turcs.... J'eus la présomption de peser, dans mes jeunes ba- lances, les systèmes de Scaliger et de Pétau, deMarsham et de Newton, et mon sommeil était troublé par la difficulté d'accorder la computation hébraïque et celle des Septante. (1) » Effectivement, il conçut alors le projet de faire un livre dont le titre devait être : le Siècle de Sésostris. Cette idée lui fut inspirée par le Siècle de Louis XIV, qui produisait alors une vive sen- sation dans le monde littéraire. C'était une témérité singulière pour un jeune homme de quinze ans et qui signalait une tête bien fortement organisée, que de vouloir percer dans cette civi- lisation égyptienne aussi mystérieuse que les hiéroglyphes. Ce projet reçut un commencement d'exécution, puis il fut aban- donné comme cela devait être. (2) Nous regrettons pourtant que le manuscrit de cet essai n'ait point échappé à la sévérité de l'au- teur : nous y verrions ce que pouvaient déjà , à un âge si tendre, des facultés qui devaient plus tard s'exercer sur de si vastes sujets. Des préoccupations plus graves s'emparèrent bientôt de l'es- prit du jeune Gibbon et tournèrent vers un autre objet une atten- tion qu'avait jusque-là fixéela science. Les controverses qui agitè- rent à cette époque l'Église Anglicane, à l'occasion de l'Examen fa- ère de Midleton, les hardiesses de ce docteur sur le Christianisme excitèrent Gibbon à étudier par lui-même une religion qu'il ne connaissait que par l'enseignement erroné d'Oxford, et il de- meura frappé de « l'évidence historique qui établit que , dans toute la période des cinq premiers siècles, les points principaux des doctrines papistes étaient déjà admis en théorie et en pratique, (1) Mémoires, pages 40 el 4 1 . (2) Ibid. , pages 57 et suivantes.