Pour une meilleure navigation sur le site, activez javascript.
page suivante »
                                419
Dans ce séjour de la r ê v e r i e , combien l'ame est doucement
émue ! quelle fraîcheur délicieuse pénètre alors les sens !
comme elles sont consolantes et pures les pensées qui nous
y arrivent ! comme elles font naître le rêve mélancolique
de la vie! en s'abandonnant à leurs douces e r r e u r s , combien
aisément on oublie les tristes projets de la grandeur et les vai-
nes jouissances de la g l o i r e , et le mépris du monde et sa
froide injustice!
   Je ne sais , mais il me semble que sur les montagnes en
général et sur le Mont-d'Or en particulier, notre sensibilité
devient et moins orgueilleuse et plus vive ; que nous sommes
disposés à aimer nos amis avec plus de franchise ; que nous
y parlons de nos ennemis avec moins d'aigreur , de la fortune
avec plus d'indifférence. Est-ce en respirant la pureté de l'air
où l'on se trouve alors , et les vapeurs embaumées de ces
lieux, qu'on peut ourdir une trame perfide, ou méditer de
tristes vengeances? Dans cette solitude aérienne, dans cet
 asile de la paix et du silence, qu'importent les vains discours
 des hommes et leurs promesses trompeuses.
  Que j'aime J . J . R o u s s e a u , lorsqu'il dit avec son éloquence
ordinaire :
              « C'est une impression générale qu'éprouvent tous
« les hommes , quoiqu'ils ne l'observent pas t o u s , que sur
. les hautes montagnes , où l'air est pur et subtil, on sent plus
<
« de facilité dans la respiration , plus de légèreté dans le
« c o r p s , plus de sérénité dans l'esprit; les plaisirs y sont
« moins a r d e n t s , les passions plus modérées. Les médita-
« lions y p r e n n e n t , je ne sais quel caractère grand et subli-
« m e , proportionné aux objets qui nous frappent ; je ne sais
« quelle volupté tranquille qui n'a rien d'acre et de sensuel.
« Il semble qu'en s'élevant au-dessus du séjour des hommes
« on y laisse tous l'es sentiments bas et t e r r e s t r e s , et qu'à
« mesure qu'on approche des régions éthérées, l'ame con-
 « tracte quelque chose de leur inaltérable pureté. On y est
« grave sans mélancolie , paisible sans indolence , content