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M. ARMAND DE PONTMARTIN 405 sauraient pas ne pas être; habile à faire la part du diable sans s'inquiéter de savoir si ce diable-là n'est pas le lion ; prompte à se porter aux points menacés, aux brèches où elle aperçoit le péril ; n'ayant pas sa pareille pour conjurer les crises, tourner les difficultés, apaiser les jaloux, édulcorer les scènes, faire avaler les pilules, mener à bien les explications les plus impossibles, remet- tre le bandeau de l'amour sur des yeux trop ouverts, prouver aux moins crédules que deux et deux font cinq, que Pauline de Giral- das va être sage, et que Virginie a pu se faire enlever par un té- nor, sans que son innocence y perdît rien; incapable de suivre son époux dans les âpres sentiers qui montent vers les cimes et sollicitent la nostalgie de M. Cardinal, mais capable de l'adorer sans le comprendre — ce qui est la plus parfaite des adorations, — et surtout capable de nous désarmer, nous moins sévères que M. Cardinal, par le naturel, la franchise, l'originalité, l'imprévu, la spontanéité prime-sautière de ses idées et de son langage. » La citation est longue, trop longue peut-être. Je crains de tou- cher ici à un défaut de l'illustre critique. En vérité, ne dirait-on pas parfois, selon l'heureuse expression de M. Zola,que l'encre le grise? Il va, il va tant qu'il a du souffle. Il écrit, il écrit, tant qu'il y a du blanc sur son papier, tant que les idées et les mots descen- dent le long de sa plume. Et comme les idées s'épuisent plus vite que les mots, il en vient à morceler sa pensée et à en noyer les miettes dans une phraséologie trop abondante. Quand on a ses gre- niers pleins, il ne faut pas les vider tout d'un coup au risque de souffrir plus tard de la disette. Seriez-vous riche à millions, gar- dez-vous d'être prodigue. Un diamant coquettement placé dans les cheveux d'une jolie femme séduit plus qu'une rivière enroulée à son cou. Le court récit de la Mare au diable en dit bien plus long quel'indigeste roman de Flamarande. J'aime beaucoup une plume qui trotte la bride abandonnée, mais encore faut-il qu'elle ne quitte pas trop souvent la grand'route pour se perdre dans les chemins touffus et les sentiers grimpants. Toutefois, gardons-nous d'inférer de là que M. de Pontmartin, pour me servir d'une de ses expressions, se plaît à orner l'étalage en vidant le magasin. Il sait mieux que nous que ce sont les plus pauvres bazars qui ont toujours les plus belles montres. Il ne craint