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292 LA REVUE LYONNAISE
due à M. Brard. On fait bouillir de petits cubes de la pierre dans
de l'eau saturée de sulfate de soude, et on les suspend à l'air, en
les arrosant de temps en temps avec de l'eau de la dissolution. Si
les morceaux demeurent intacts au bout de quelques jours, c'est
signe que la pierre est résistante à la gelée.
L'expérience est malheureusement loin d'être décisive, par la
raison que, dans la même carrière, certains blocs résistent, d'au-
tres non.
A Lyon, M. Desjardins a exécuté en Cruas la galerie de l'Hôtel-
de-Ville du côté du théâtre et les piliers de la grille, qui se sont
bien comportés.
Dardel exécuta la rampe du perron du Palais, du côté des Cor-
deliers, qui sera bientôt entièrement détruite.
On peut objecter que la pierre dans ce dernier exemple n'est pas
loin du sol, mais à l'église de Sainte Blandine, Clair Tisseur n'em-
ploya le Taulignan, qui est une variété de Cruas, qu'à une éléva-
tion relativement considérable et, prenant le soin de le réserver
à des sculptures, pour l'exécution desquelles il est fort commode,
il l'abrita, toutes les fois qu'il était possible, par des dessus en
Villebois, rejetant l'eau au loin. Ces dessus sont intacts comme
au premier jour, tandis que le Taulignan est souvent effrité. Il a
parfois souffert même en parement.
Tout le monde se rappelle l'énorme vasque de la fontaine de la
place Impériale, qui était en pierre de Crussol, et tomba rapide-
ment en morceaux.
Poncet exécuta en Cruas, comme d'ailleurs le reste de l'édifice,
la corniche qui forme balcon tout autour du massif des Terreaux.
Ce balcon, qui menaçait ruine et dont des fragments se déta-
chaient parfois, au risque de tuer les passants, a dû être entière -
ment refait il y a deux ans, et dans des conditions fort coûteuses,
parce qu'il fallut abriter la voie publique par de solides échafauds.
En résumé, les pierres de Cruas, de Taulignan et de Crussol,
quoique fort résistantes à quelque vingt lieues de Lyon seule-
ment, courent le risque de se détériorer rapidement lorsqu'on les
emploie chez nous à l'extérieur, et les architectes ne s'exposent
plus à ce mécompte. Les nouveautés ne sont pas dangereuses
qu'en politique.