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328 SALLUSTE justice à la véracité de Salluste.quand il l'appelle « l'historien de la vérité illustrée. (1) » Quelques critiques récents ont soupçonné Salluste d'avoir calomnié Catilina; la raison qu'ils en donnent est curieuse. La conjuration de Catilina, telle que la raconte Salluste, disent-ils, ne présente aucun but sérieux et semble être plu- tôt le rêve d'un fou que le crime d'un scélérat. Dans ses stu- dieuses méditations sur l'histoire, Napoléon Ier a soulevé cette idée, que partage un des derniers traducteurs de Sal- luste, Charles Durosoir. Mais, si Salluste a menti sur Cati- lina, comment s'expliquer que Cicéron ait parlé comme Salluste? Serait-il possible que deux hommes si opposés l'un à l'autre se fussent entendus sur ce point, si les faits n'étaient pas vrais ? Du reste, une pareille accusation n'a plus besoin d'être réfutée,depuis que nos modernes Catilinas ont donné, dans le sac de Paris, la mesure de la perversité humaine.Quand des factieux, comme les hommes de la Com- mune, ont tenté, sous nos yeux, d'établir, sur le vol, le meurtre et les ruines, un système social, pourrait-on trou- ver étrange que Catilina ait rêvé un système politique sur le renversement de la république romaine? Voici pour le fond historique; passons à la forme. Sur ce point, Salluste ne mérite pas moins nos éloges. Nous pour- rions invoquer encore ici le témoignage des savants, mais il faut éviter les redites. Il suffit de lire l'auteur de Catilina et de Juguriha pour se convaincre que l'admiration des siècles ne s'est pas trompée. C'est Salluste qui a, ce semble, enrichi l'histoire de ces portraits, en traits groupés, qui jouent maintenant un si grand rôle dans la narration. Effectivement, avant Salluste, (1) Sallustius nobilitatœ veritatis historicus. (Lib, I, C. v.)