page suivante »
82 POÉSIE. Mon cœur n'a pas chanté souvent sous la caresse Des brises du matin. C'était sur Oyonnax, l'industrieux viliage, Que mon rêve planait ; Je pensais à mon père, 'à son trop court passage Que, chez vous, on connaît Comme Dieu permet bien aux morts de nous entendre Même de nous bénir, Mon âme, avec amour, aujourd'hui vient suspendre Sa fleur de souvenir. Tout bas, je lui disais : Bon père, Oh ! pourquoi donc as-tu quitté Des bois profonds le doux mystère, Ces monts imprégnés de lumière Pour les vapeurs de la cité ? Calme, dans un champêtre asile, Ton cerveau brûlant et fécond Aurait chanté comme Virgile La mer, la mer bleue et tranquille, Le tendre écho qui nous répond. Comme Reboul, l'enfant de Nîmes, Après de rustiques travaux, De ton luth les notes sublimes , Auraient volé jusques aux cîmes Des tourelles aux fiers créneaux. Ta jeune âme, dans le silence, Aurait dormi d'un bon sommeil ; Sans combats, sans vaine espérance Et sans amère souvenance, Elle eût joui d'un gai réveil On est si bien au crépuscule Loin de là foule du chemin, Quand sur soi le feuillage ondule Et que la vive libellule Vient se jouer de notre main !