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                 CHRONIQUE THÉÂTRALE.

  LES TORCHERONS. — MADELON. —- Mm« CABEL. — MUo CHAMBARD.
   En assistant aux représentations des Porcherons et de Madelon, un regret
 nous venait malgré nous, c'esi que M. Scribe ne se donnât plus depuis quel-
que temps la peine de faire des opéras-comiques. M. Sauvage qui paraît
 se porter comme son héritier, à en juger par sa fertilité, n'est pas homme
à le faire oublier. Aussi bien, jamais personne, en ce genre n'a été à la
cheville de M. Scribe. Il s'est renconlré des vaudevilles qui valaient les
siens, mais en fait d'opéras-comiques il est sans rival ; et pourtant nos
jeunes fantaisistes modernes sont allés jusqu'à dénier à M. Scribe toute fa-
culté créatrice, le taxant d'esprit essentiellement prosaïque et bourgeois !
Mais faut-il donc beaucoup plus d'imagination pour enluminer une strophe
lyrique ou dessiner les cinq compartiments d'une tragédie, que pour évo-
quer des féeries aussi neuves, aussi fraîches, par exemple, que les Diamants
de la Couronne ou le Domina noir ? Ce que j'admire en M. Scribe, c'est de
savoir être d'autant plus clair qu'il est plus invraisemblable dans ses in-
ventions. Plus les fils de l'intrigue se brouillent, plus on les suit avec facilité.
Les autres ne rencontrent que des situations communes, et ils ne peuvent
pas seulement les rendre intelligibles.
   Pour ce qui est de la musique des Porcherons, nous avouerons de suite,
malgré le demi-succès qu'elle a obtenu , tout notre faible pour elle; et nous
sommes sAr que le public finira par être de notre avis. Déjà il semble revenu
de sa froideur. C'est que cette musique possède cet attrait particulier, et
de jour en jour plus rare, de ne pas ressembler à celle de tout le monde. La
veine, si vous voulez, n'est pas très-profonde, mais du moins elle est ori-
ginale, et M. Grisar peut dire, lui aussi :
          Mon verre n'est pas grand, mats je bois clans mon verre.
   Sans chercher à italianiser la phrase musicale, il se rattache de préférence
 aux anciens maîtres de l'école française. Nous regrettons même que cette
fois, il ait Semblé vouloir s'éloigner de sa première voie, comme si le succès
de Gilles le Ravisseur l'avait rendu plus ambitieux. Tout le deuxième acte
des Porcherons est charmant ; le premier quatuor surtout est une des plus
piquantes pages d'opéras-comiques qui se puisse entendre, pleine d'esprit,
de rondeur, de clarté. M. Anthiome l'a du reste rendue avec beaucoup de
talent ; et c'est ici l'occasion de dire que cet artiste gagne chaque jour
daus la faveur du public ; les solides qualités que ses débuts avaient laissé
entrevoir se dégagent de mieux en mieux, c'est en somme une très-bonne
acquisition pour notre Grand-Théâtre. Citons encore le troisième acte, où
grâce à la couleur particulière que M. Grisar a donnée à sa musique, el