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304 JACQUES LISFRANC.
paient bien sa pensée, mais cette pensée de palais, de prin-
cesse, de royauté ne lui fit jamais un seul instant ni dédai-
gner ni brusquer ses pauvres alités de la mansarde. Ses soins
étaient pour tous indistinctement, et ces diversions de châteaux,
aux chaumières, tournaient toujours au profit de l'indigent.
Au milieu de ses occupations sans répit, et livré à un de ces
régimes peu ordonnés, répondant si mal aux fatigues journa-
lières, Lisfranc fut atteint de la pierre à l'âge de 40 à 50 ans.
Il fut lithotritié par Civiale ; l'opération réussit, mais sa santé ne
fut jamais depuis entièrement bonne. C'est qu'aussi outre le ré-
gime dont je viens de parler, il passait ses nuits à écrire ; les
nuits seules, il avait le temps d'étudier et de composer ses œu-
vres scientifiques. Il est rare que les hommes pratiques et bien
affairés pendant leur vie lèguent à la postérité, faute de temps,
le produit de leurs observations et le fruit de leur expérience.
Aussi que de pertes éprouvées par la société en ce genre ! La
mort, en les enlevant, enlève ordinairement avec eux les secrets
des longues études, les grands résultats obtenus. C'est, pour
la plupart du temps, ce qui fait dire que la science avance,
mais en spirale. Aussi que de grâces à rendre à ces hommes
qui trouvent encore assez d'heures pour ne pas mourir ni in-
confès, ni intestat, ni sans avoir restitué à la société les con-
naissances et les dons intellectuels qu'ils ont reçus d'elle, et dont
l'émanation précieuse s'est fécondée dans leurs mains ! -
Jacques Lisfranc a su trouver dans son énergie native, dont
on lui a reproché d'avoir un peu trop abusé, le moyen de se
libérer de cette dette, qui était celle du genre humain ; aussi
cette mémoire de Lisfranc devra-t-elle survivre à bien d'autres
mémoires. Jusqu'à son dernier moment, au milieu de l'épui-
sement de sa santé et des souffrances dont le traitement né-
gligé aggravait son état, parce qu'il arrivait après le traitement
des souffrances des autres, il a constamment écrit ou dicté. L'état
imparfait de ses dispositions testamentaires a prouvé que le
temps lui a toujours manqué pour les soins particuliers de
ses propres affaires.
Indépendamment de plusieurs dissertations sur des procédés