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que lorsque tous les intérêts matériels seront d'accord, la
discorde, l'antagonisme, la guerre seront bannis de ce monde.
Ce n'est pas seulement dans la lutte des intérêts, c'est aussi
dans la lutte des idées et des croyances que la discorde entre
les hommes prend sa source. Qu'on ouvre l'histoire, on y
verra que les hommes se sont aussi souvent fait la guerre
pour des idées et des croyances que pour des intérêts. L'unité
du genre humain sera sans doute préparée par l'accord
des intérêts matériels, mais elle ne pourra s'accomplir qu'au
sein d'idées et de croyances communes. J'ai quelquefois en-
tendu faire au fouriérisme le reproche de n'avoir ni mé-
taphysique, ni morale. Ce reproche pourrait être mérité si
les disciples de Fourier avaient, en effet, la prétention d'avoir
une métaphysique et une morale. Mais du moment que,
comme M. Victor Considérant, ils rejettent la pensée de
toute réforme morale et religieuse, et ne manifestent d'autre
prétention que celle de régler le monde industriel, je ne
vois pas comment on pourrait justement les blâmer de n'avoir
pas quelque chose de plus à nous donner.
Blâmer les hommes qui ont résolu le problême de l'or-
ganisation de l'industrie de n'avoir pas résolu en même
temps tous les autres problêmes sociaux, c'est faire preuve
d'une singulière ingratitude. Fourier et ses disciples ont
résolu le problême de l'association des intérêts', d'autres
sans doute viendront plus tard, qui résoudront les autres
problêmes sociaux. Dans les bornes où M. Yictor Considérant
a eu la sagesse de la circonscrire, la part de la doctrine
de Fourier est encore assez grande et assez belle, el l'hu-
manité aura sans doute quelque reconnaissance pour la
mémoire de ceux qui, comme Fourier et son disciple, ont
consacré tous leurs travaux, toutes leurs pensées à améliorer
les conditions de son existence en ce monde.
FRANCISQUE BOOILLIER.