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                               §7
    — El mon ami ? s'écria la dame de Jarez, d'aussi loin qu'el-
 le se vit approcher du jeune damoisel.
    — II est en paradis , madame , lui répondit le page en sou-
 pirant.
    Hélas ! il ne fallut que ce mot pour révéler un malheur
 sans égal à la belle châtelaine.
    Et l'on ne savait plus ensuite au manoir que faire de la
 pauvre veuve , dont le délire allait toujours en augmentant.
    L'idée vint cependant d'avoir recours au prieur de Val-
 Fleury, de préférence à Albert le grand, et même à Alexandre
 de Halès , cordelier, docteur irréfragable et sauveur de la vie.
 Mais, par surcroît de malheur, on apprit que, depuis quelque
 temps, le diable avait rôdé sous la forme d'une louve enragée
 dans une partie du fief , et qu'après avoir dévoré deux nou-
veau-nés tout près de là, il s'était introduit dans l'ermilagedu
 Bénédictin et qu'à sa sortie d e l à sainte demeure on n'avait
 plus trouvé du pauvre ermite que la dextre employée au signe
de croix , et de trace que le pas de salan, toujours depuis lors
resté empreint sur la roche voisine; sans pourtant que p a r -
mi les pâtres de l'endroit on soit aujourd'hui bien d'accord, si
ce pas du diable date vraiment de la mort de l'ermite, ou s'il
date de l'expulsion du démon qu'opéra la Madone en prenant
possession de Val-Fleury , il y a de ça 900 ans.
   La dame de Jarez mena son deuil et renouvella les funé-
railles de son mari avec un luxe pareil à sa douleur. Tous les
chanoines du chapitre de St.-Jean , qui devinrent peu à peu
 cessionnaires des comtes de Forez de tous droits sur la ville
de Lyon, ce qui leur conféra le litre de comtes, assistèrent aux
offices de mort et aux autres cérémonies du deuil.
   Une foule d'aspirants à la main de la jeune douairière ne
tardèrent pas ensuite à se présenter au château; mais ils furent
ceux-là éconduits avec humeur par la dame de Jarez, moins
parce que les édiis sur les secondes noces lui auraient fait per-
dre ses gains de survie , que parce qu'elle ne voulait plus
entendre parler d'aucune autre personne que du noble défunt.