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   386                       DE L'HOMME

   jusqu'au déluge. On ne saurait trop dire quel fut au juste
   l'état des personnes et des choses pendant cette longue pé-
   riode ; mais, en prenant pour base les versets 21 et 22 du
   chapitre IV de la Genèse, où l'on voit que Jubal, fils de
   Lamech, fut l'inventeur de l'orgue et de la harpe, et que
   Tubalcaïn, son frère, eut l'art de travailler avec le marteau,
   et qu'il futhabile en toutes sortes d'ouvrages de fer et d'airain,
   on peut très raisonnablement en conclure que s'il y avait
   alors sauvagerie d'un côté, il y avait pareillement civilisa—
t tion de l'autre, ou du moins commencement de civilisation :
   or, dans cet état de civilisation naissante, il n'y a pas de
   doute que les hommes qui en goûtaient le bienfait, ne fus-
   sent infiniment supérieurs, en facultés morales et physiques,
   aux hommes dégradés qui croupissaient dans l'état de sau-
   vagerie, et que les luttes qui venaient à s'élever entre ces
   deux espèces d'hommes ne pouvaient qu'être fatales à ceux
   de la seconde. Tout ce que nous venons de dire conduit na-
   turellement à croire que l'esclavage existait dans le monde
   bien avant le grand cataclysme connu sous le nom de dé-
  luge universel, et qu'il fut, dans ces temps reculés, une
  puissante garantie de la propriété. Après le déluge, quand
  les hommes furent réunis en corps de nation, les choses
  prirent non pas tout à fait une nouvelle face, mais ce qui
   auparavant constituait l'intérêt de quelques familles devint
  celui d'un peuple entier, et le grand moyen de le mettre à
  l'abri de toute atteinte, fut encore de jeter dans l'esclavage
  les malheureux que le sort de la guerre faisait tomber entre
  les mains des vainqueurs. Ce fut alors, pour nous servir
  des expressions de Linguet, que la terre, disputée par les
  conquérants, ne présenta partout que le désolant spectacle
  de maîtres impérieux et d'esclaves tremblants.