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pendant le siège d'Andrenas, qu'il est venu conquérir pour son plus jeune
• fils Guibert, avec l'aide de ses autres enfants, déjà pourvus, et de leurs
armées.
A la suite d'une observation mal prise par l'un des fils d'Aimeri,
Guillaume d'Orange, des propos très vifs ont été échangés entre le père et
le fils. Le vieil Aimeri a été en quelque sorte mis au défi de renouveler ses
anciens exploits. Très offensé, il quitte le camp, à l'insu de tous, pendant la
nuit, à la clarté de la lune, s'approche de la ville et, au petit jour, après
avoir sonné deux fois de l'olifant, provoque les païens, qui lui envoient
cinq des leurs. Il les tue tous les cinq l'un après l'autre, mais il est assailli
par mille autres, il a son cheval tué sous lui, et tous lui courent sus.
Nous donnerons de la fin du combat une traduction archaïque et
rythmée — plutôt transcription que traduction — où nous conservons,
autant que faire se peut, les mots anciens, les anciennes tournures, les
négligences, telles que « lancer une lance », les répétitions de mots ; nous ne
faisons que les modifications indispensables pour maintenir le rythme
quand la forme moderne d'un mot n'a pas le même nombre de syllabes que
la vieille forme. Nous nous résignons à sacrifier la rime lorsque, pour la
restituer, il faudrait remanier fortement le texte ; nous avons pu cependant
la maintenir très souvent dans ces trois « laisses », dont la première est en
-ant, la seconde en -in, la troisième en -é. A noter que l'ancienne versifica-
tion admet une syllabe féminine qui ne compte pas après la césure, comme
à la fin du vers.
Comte Aimeri eut bien le cœur dolent
Quand devant lui vit son cheval mourant.
Lances lui lancent, et les épieux tranchants,
Flèches tordues et les bons dards perçants.
A cette vue, le comte eut grand tourment,
Invoqua Dieu, le père tout puissant,
Lui demandant son aide en ce besoin,
Car il ne sait comment avoir garant,
Mais à l'épée se défend fièrement,
Dont il frappait les grands coups sans répit.
Voici venir Brunamont l'amiral,