Pour une meilleure navigation sur le site, activez javascript.
page suivante »
                          VICTOR HUGO                             411
place Royale, comme celles d'Hauteville-House, de la rue de Glichy
et de l'avenue d'Eylau, ont passé, depuis soixante ans, aux yeux de
sesfamiliers etde ses adeptes pour de véritables sanctuaires. Quant
à ses adversaires, ils lui reprochent plus ou moins justement une
économie outrée et une gestion singulièrement habile d'une fortune
considérable, tandis qu'on avait blâmé chez Lamartine, son noble
rival, deux faiblesses contraires : la prodigalité et l'incurie.
D'autres trouvent qu'il fait de cette fortune, acquise par le travail,
le plus belemploi. Dessinateur fort exercé, puisqu'il a fourni beau-
coup d'esquisses au Livre d'étrennes et à l'Artiste et qu'on a
publié en 1863 tout un album de ses croquis, lié avec nombre de
peintres ou de sculpteurs en vogue, il n'a cessé de rechercher pas-
sionnément les antiquités, les curiosités, les tableaux de maîtres,
les meubles rares, toutes les délicatesses d'un luxe élégant. Enfin,
presque chaque soir, il réunit autour de lui un cercle d'amis em-
pressés ou plutôt une troupe de vassaux dociles. D'autre part, ama-
teur des promenades solitaires, plongé dans de fréquentes médita-
tions, assiégé de douloureux souvenirs, toutefois gai et souriant à
ses heures, doux et paternel jusqu'à la soumission la plus absolue
devant ses chers petits-enfants qu'il a illuminés dès le berceau
d'un rayon de sa gloire, plein d'ailleurs d'une imperturbable
confiance dans la bonté de Dieu et dans la vie immortelle de l'âme,
il sait allier, plus que ne le croirait le vulgaire, la sérénité à la
rêverie et la grâce à la force.


                                  III
                       LE P O E T E L Y R I Q U E

   Si chez Hugo l'homme a eu certaines défaillances, le poète en
lui s'est montré souvent violent et bizarre ; mais ces violences de
parti pris et ces bizarreries calculées, en nuisant à la perfection
de ses œuvres, n'ont pas abaissé la hauteur de son inspiration.
Horace pensait que le bon Homère lui-même a quelquefois som-
meillé, et les aristarques les plus rigoureux sont bien obligés de
passer condamnation sur les obscurités d'Eschyle, de Dante ou de
Milton, sur les trivialités de Shakspeare, sur les inégalités de