page suivante »
M. PAULIN PARIS 177 côtés, Mais l'éloge n'avait rien de banal dans sa bouche. Qu'il s'agît d'une œuvre littéraire, d'une institution ou d'un homme, son indulgence était la simple manifestation d'une inaltérable amé- nité de caractère, et la douceur qui tempérait le blâme n'ôtait rien à l'exactitude du jugement. Ainsi se révélait ce singulier mélange delà bonté, de la finesse et de la fermeté qui furent les traits dis-- tinctifs de cette belle âme. C'est grâce à cette réunion de qualités exquises que M. Paulin Paris traversa nos temps agités en ne laissant partout que d'a- gréables souvenirs : tolérant pour ,es égaux, affable pour les inférieurs, plein d'encouragements et de bons conseils pour les débutants, aussi étranger à l'envie qu'aux engouements qui s u r - font des réputations passagères ; censeur calme et clairvoyant des choses de son temps, s'affligeant sans aigreur des échecs subis plus d'une fois par les idées qui lui étaient chères, à la fois sensible et inébranlable ; car cet esprit, si conciliant pour les hommes, devenait inflexible quand on touchait à ses convictions. Mais revenons aux travaux qui ont consacré sa réputation de savant. La publication des romans si importants de Berte ans grans pies et de Qarin le Loherain (1832 et 1838); la curieuse étude in- titulée Le Romancero français (1833) apprirent à notre génération ce qu'étaient les trouvères et lui donnèrent pour la première fois une idée juste des chansons de geste. Une Notice sur la relation originale du voyage de Marco-Polo (1833), la publication des Grandes chroniques de Saint-Denis (1836-1840), celle de La conques te de Conslantinople, de Villehardoiim(1838), prouvaient en même temps, que les vieux monuments de notre prose historique et de notre littérature monastique attiraient aussi bien que notre ancienne poésie, l'attention du jeune érudit. Aussi l'Académie des inscriptions et belles-lettres récompensa ses premiers services en l'appelant dans ses rangs. Élu en 1837, M. Paulin Paris occupa la place laissée vacante par la mort de Raynouard. Il remplaçait un savant qui avait eu, lui aussi, le mérite de frayer la voie aux cher- cheurs qui commençaient à explorer le moyen âge, mais dont les travaux sont loin d'être comparables à ceux de son illustre succes- seur. L'Académie s'assurait en effet un précieux collaborateur pour sa publication de l'Histoire littéraire de la France; car il serait MARSi 1881. — r. h 12