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390 LA. R E V U E L Y O N N A I S E Car le maître faisait concourir ensemble au développement de l'esprit humain ces quatre sources de nos connaissances. Il moll- irait que chacune d'elles, prise isolément et exclusivement, abou- tissait à l'erreur ; et il avait, pour appujer ses démonstrations, des images, des traits, des apologues dont on trouve nombre d'exemples dans sa biographie. Au fond son enseignement était l'alliance du rationalisme et de la tradition. Pour lui cette union répondait à tous les besoins de l'intelligence. Aussi par l'ensemble de ses concep - lions, comme par la précision et la netteté de ses idées, il se ratta- chait directement à la doctrine philosophique du dix-septième siècle, marquée au coin d'un suprême bon sens uni à la foi chré- tienne la plushaute.il n'était point éclectique, comme l'ont dit, malicieusement peut-être, ceux qui l'auraient volontiers traité de sceptique. L'éclectisme, vu le choix même d'idées auquel il se livre, est l'emploi exclusif du raisonnement, dans l'enseignement comme dans la science. 11 ne contient qu'une part de la vérité, et l'abbé Noirot la voulait tout entière. Il la trouvait, chez les carté- siens, et plus particulièrement dans Leibniz et dans Bossuet, Bossuet surtout qu'il relisait sans cesse ; son exemplaire de Bos- suet portait des marques si évidentes d'un service quotidien, que le bon abbé s'en excusait en disant un jour plaisamment : « Ah ! Messieurs, il faut user un Bossuet, eu sa vie. » Quelle que soit l'opinion qu'on se forme de l'homme éminent que M. Heinrich a peint dans.sa notice, il faut avouer que le maître célèbre qui parmi nous a présidé à l'éducation morale et philo- sophique de tant de générations successives, d'où sont sorties les illustrations les plus diverses, poètes, orateurs, hommes d'Etat, jurisconsultes, médecins, peintres, apôtres sacrés et profanes l, dont, aucun n'a renié la supériorité du maitre, quand ils ne se sont pas fait gloire d'avoir été ses disciples, il faut avouer, dis-je, qu'un tel homme, malgré le double caractère de prêtre et de philosophe, toujours dignement porté, n'asservissait point l'esprit de ses élèves, et que, s'il leur laissait son empreinte, c'était celle d'une généreuse émancipation, contenue dans les limites du bon sens et de la. foi. 1 Noms des hommes les plus remarquables qui ont été élèves de l'abbé Noirot . Jules Favre, de Parieu, Fortoul, de Laprade, Ozanam, Amédée Bonnet, Barrier, Autran, Bouillier, Heinrich, Ferraz, Mgr Thibaudier, Blanc de Saint-Bonnet, etc..