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      CLAUDE DK RTJBYS ET LA L I B E R T É DE T E S T E R                163
   Qu'y a-t-il donc dans ce volume? Rien, répond le président
Bouhier, rien que des choses vulgaires et de nul usage1. Rien du
moins, ajouterai-je à mon tour,qui ait pu servir au jurisconsulte et
au praticien de l'ancien droit, rien qui puisse même attirer l'at-
tention de l'historien juridique, si ce n'est l'effort fait pour accli-
mater dans un pays coutumier une doctrine nouvelle pour lui, une
doctrine profondément antipathique et hostile au droit d'origine
germanique, une doctrine que la féodalité venait pourtant de pren-
dre sous sa protection et de faire consacrer en Bourgogne, non
sansVésistance, une doctrine enfin dont notre Gode civil n'a admis le
principe qu'avec peine et qu'il a défigurée à force de l'amoindrir,
mais qui a pour elle le passent aura peut-être l'avenir : je veux
parler de la liberté de tester.
   A ce titre, si pauvre qu'il soit en lui-même, l'opuscule de Claude
de Rubys offre un intérêt réel, grâce aux circonstances auxquelles
il doit son origine et au but qu'il a poursuivi. Il accuse nettement
la revanche prise au seizième siècle par le droit romain sur le droit
coutumier, même dans les pays de l'Est et du Nord, qui étaient pé-
nétrés de l'élément germanique.
   Il proclame la légitimité d'une révolution pacifique qui venait de
s'opérer dans la législation et dans les mœurs d'une de nos provin-
ces les plus importantes. Je dirais volontiers : Claude de RubyS
est un précurseur, s'il n'avait été précédé lui-même par la réforme
qu'il se chargea de justifier après coup; malgré son demi-savoir,
son style prétentieux et indigeste, son défaut d'élévation, c'est
presque un des ancêtres de M. Le Play et des hommes convaincus
qui, à son exemple, poursuivent comme un remède social, sinon
la suppression, au moins la diminution de la réserve dans notre
système successoral. Il n'est donc point, par ce côté, indigne de
notre curiosité.
   Mais avant d'exposer la doctrine dont l'échevin lyonnais se fit
accidentellement l'interprète, il convient d'examiner en quelques
mots les antécédents de la question.
   Aussi loin qu'on remonte pour rechercher les traces de l'homme,
on voit, dès ses premiers pas dans la vie sociale, sa liberté entra -
  1
   (ËuVres de jurisprudence de M. Bouhier, t. 1, p. xxx, à YSistoire des com-
mentateurs delà Coutume de Bourgogne, art, Claude de Rubys, 1787.