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24 LA REVUE LYONNAISE Claudin se livre pour cette démonstration pèche d'un seul côté : il insiste trop pour établir l'évidence. Il s'escrime contre une porte à demi ouverte. Pour la résoudre, il suffisait presque de poser sé- rieusement la question, et il a été le premier à l'apercevoir. Et ce- pendant, dit-on, les plus difficiles à persuader, les derniers incré- dules, ont été les lettrés d'Albi eux-mêmes, tant a été grande leur surprise de voir leur patrie prendre rang, tout d'un coup, parmi les sept ou huit premières villes de France dotées de l'imprimerie, elle qui, sur ce point, n'avait jamais eu la moindre prétention à faire parler d'elle ! Restait à trouver le véritable nom de Jean de Mayence. L'auteur le découvrit en cherchant autre chose, par une de ces bonnes for- tunes, qui favorisent parfois les efforts des fureteurs infatigables e leur font souvent rencontrer, au moment où ils s'y attendent le moins, la solution des énigmes dont ils sont préoccupés. En exami- nant le Turrecremata d'Albi, Claudin fut frappé de l'aspect des figures dont ce précieux incunable est orné. Ce sont des gravures interrasiles ou à la manière éraillée. On appelle ainsi un genre de gravures dont l'usage, fort rare, se place parmi les premiers tâtonnements de cet art. Elles sont exécutées sur un métal moins résistant que le cuivre, sur étain ou quelque composition analogue. Le dessin est tracé sur la plaque métallique au moyen d'un trait incisé au burin, et au lieu de se servir de hachures, pour produire les effets d'ombre ou de .perspective nécessaires, on les obtient par un espèce de grattage ou érosion. Claudin voulut savoir si la première édition de cet ouvrage donnée en 1473, par Ulrich Hahn, à Rome, offrait les mêmes particularités. Les estampes de cette première édition étaient de simples illustrations sur bois d'une forme toute primitive, obtenues par les procédés ordinaires et non à l'éraillé. Elles avaient, néanmoins, servi de types aux gravures i n - terrasiles du Turrecremata d'Albi, qui en étaient la réduction. Poursuivant ses investigations sur l'édition de Mayence, 1479, si- gnée par Jean Neumeister, il constata avec étonnement que les gravures de cette édition et celles du Turrecremata d'Albi étaient exactement semblables. Elles ont été obtenues à l'aide des mêmes planches, leur comparaison ne laisse aucun doute à cet égard. La seule différence entre elles est celle qui distingue un premier d'un