page suivante »
18 LA R E V U E LYONNAISE • La discussion provient, ce me semble, d'une seule cause : la question est mal posée. Ceux qui croient à l'existence d'imprimeurs nomades, veulent-ils dire qu'à une certaine période cette mobilité fut une des conditions de l'exercice de cette industrie, qu'elle fut dans son essence ; que le dessein prémédité des typographes les conduisait à se transporter d'un lieu dans un autre à l'instar des col- porteurs ? Si telle est leur prétention, je ne la crois pas fondée. On ne colporte guère que les produits et non les industries, on ne colporte pas surtout celles dont l'exploitation entraîne un matériel embarrassant. 11 ne faut pas comparer, je le sais, un atelier de cette époque avec ceux de nos jours. Alors l'imprimeur avait une seule presse, une seule espèce de caractère. Il pouvait, comme le dit Claudin, commencer un volume en composant une page et sa correspondante au même côté du tirage, laquelle pouvait se déter- miner d'avance, puisqu'on copiait des manuscrits. Un très petit nombre de lettres suffisait à cette exigence. Le bois servait à fa- briquer beaucoup d'ustensiles composés plus tard en métal, et leur transport devenait inutile, la matière première se retrouvant en tout lieu pour les reconstruire au besoin. Tout cela est vrai. Seulement s'il fallait à chaque étape refaire le même matériel, si onimprimaitpage à page avec une seule espèce de caractères, l'opération devenait dès lors d'une longueur infinie, et sa lenteur n'était pas un obstacle inférieur à l'encombrement. A cette époque aussi, il convient de s'en souvenir, les impri- meurs fondaient eux-mêmes leurs lettres. Il fallait donc, à l'atti - rail du typographe, ajouter celui du fondeur en caractères, les fourneaux et nombreuses matrices nécessaires à cette industrie. Ils étaient aussi relieurs. Le papier entré dans leur officine en ressor- tait en livre couvert de son épaisse armure de bois, de peau et de fer. Et même, sans tenir compte de ces additions lourdes et volu- mineuses, le principal engin de l'imprimerie ne résiste-t-il pas à l'idée d'une locomotion habituelle ? Il n'est pas nécessaire d'être parvenu à un âge bien avancé pour se souvenir d'avoir vu, reléguée dans les combles de certains ateliers, la vieille presse à vis et en bois, imaginée par Gutenberg, car sa forme a peu changé jusqu'à lord Charles Stanhope, dont l'invention, au commencement du siècle présent, produisit une révolution dans la typogra-