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         BIBLIOGRAPHIE LYONNAISE AU X V , SIECLE                     19
  phie. C'était une réunion de madriers énormes joints entre eux par
  de non moins lourdes solives, et solidement adhérents au sol et au
 plafond de la salle. Une forte barre transversale servait à donner
  à la vis son mouvement ascendant ou descendant. Beaucoup d'an-
 ciennes gravures, parmi lesquelles la marque bien connue du Pre-
 lum Ascensianum de Josse Bade, en donnent une représentation
 assez exacte. Il suffit de les voir, et l'esprit repousse aussitôt la
 pensée qu'une pareille machine, avec l'état de la viabilité de cette
 époque, ait pu se prêter aux nécessités d'une industrie non séden-
 taire. Alors, elle eutveritablement et à bon droit gémi de se voir
 exposée à de trop fréquents transports.
     En réfléchissant à la manière dont l'imprimerie s'est créée et
 répandue, on arrive à l'opinion, suivant moi, la plus vraie. A son
 début, comme à celuide toute science, il 7 a eu une période d'incuba-
 tion, de tâtonnements, d'essais. Cette période peut se limiter à
 1462 ou 1463. Jusque-là les pratiques de l'art ont été concentrées
 en un petit nombre de mains, et tout s'est passé sur les bords du
Rhin. A cette date, les ouvriers ont eu le temps de se former, l'ex-
 pansion commence, l'invention nouvelle se produit au dehors. Que
se passa-t-il alors ? Un essaim d'artisans était dressé et s'augmen-
tait tous les jours. En même temps le désir de les posséder s'était
allumé en maints endroits. Prélats, abbés, grands seigneurs ou
riches bourgeois, tous étaient impatients de doter de l'art nouveau
leurs villes, leurs sièges, leurs couvents. L'enthousiasme éclate en
plusieurs lieux, on le devine partout. De leur côté, les ouvriers,
ardents à recueillir le fruit de leurs travaux, se mettaient en quête
des localités où ils espéraient la plus grande prospérité. Mais tous
ne rencontraient pas, de prime abord, l'Eden rêvé; bien des mé-
comptes se produisaient, les lieux choisis ne répondaient pas aux
espérances ; les protecteurs venaient à se lasser de leurs avances
ou à mourir, force était de chercher un centre meilleur. Il y a eu
comme une période de tassement dans l'industrie et ainsi nous sont
expliquées ces migrations diverses, contraires à son essence, con-
traires àla première volonté des imprimeurs. Certes, leurs déplace-
ments étaient plus faciles qu'ils ne le seraient de nos jours et ils ont
été assez nombreux, mais ils étaient imposés par les circonstances.
En somme, les exemples de pérégrination ont été l'exception dans