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238 CHRONIQUE LOCALE
a. Après Sedan, dit notre auteur dans un style chaudement coloré
qui nous séduisait pendant notre trop courte lecture, après Sedan, les
villages de l'extrême nord du département de l'Aisne, qui se trouvaient
sur le passage de l'armée allant investir Paris, ont été, pendant des
mois entiers, couverts d'une noire nuée de Prussiens. J'ai appris que
dans chaque escouade de 20 Ã 25 hommes, il y en avait toujours trois
ou quatre qui savaient assez de français pour se faire comprendre dans
notre idiome. Voilà pour la langue.
« Ensuite, avant le départ, les chefs dépliaient de grandes cartes
qu'ils étalaient et savaient parfaitement trouver leur chemin sans le
secours de personne. Voilà pour la géographie.
« Us savaient notre langue, savaient lire les cartes et connaissaient
mieux notre pays, ses chemins et ses routes, les ressources qu'il offrait
que les habitants eux-mêmes.
« Ce fait m'a toujours vivement impressionné, j'ai été frappé, hu-
milié dans mes sentiments patriotiques et devant notre infériorité si
cruellement constatée.
« Les Italiens, les Portugais, les Hollandais, les Anglais, grands
navigateurs, ont eu les premiers et les plus savants géographes. Avant
eux, les Egyptiens, les Arabes conquérants connaissaient la géographie.
« Je remarquai un jour, à Lyon, dans la riche et importante biblio-
thèque d'un ami, un atlas immense que j'ouvris. Le fini, la régularité,
l'exactitude des détails des cartes me frappèrent. Je pris la carte de ma
région du nord, des environs de mon hameau et je constatai que rien
n'y manquait : les ruisseaux, les sinuosités du sol, les fermes, les bois,
tout y était parfait de vérité. C'était un atlas allemand. Encore une dé-
ception, l'atlas était édité à Leipzig.
Le possesseur de l'ouvrage me dit : « C'est triste à avouer, mais nous
n'avons pas cela en France. »
A ces tristes révélations, répondons comme M. Cuissart : a II paraît
que maintenant l'on s'y met et que bientôt nous pourrons, en France,
nous passer des cartes de nos bons amis les Allemands. »
Puisse notre savant auteur avoir dit vrai !
Nous devons signaler encore le travail d'un de nos infatigables voi-
sins de Bourg : La province au XVIIh siècle. Mandrin, par M. Charles
Jarrin, 2e édition, Bourg, Chambaud, 187g, petit in-8 tellière.
Cette seconde édition, qui vient de paraître, contient une foule de
détails inédits sur les faits et gestes du célèbre ennemi des gabelles et
sur son séjour à Bourg, Lyon, Saint-Etienne et Montbrison. Nous y